
Le printemps 2025 continue de faire parler de lui sur les comebacks musicaux des plus inattendus. Ici, on vous parle de Car Seat Headrest qui n’a plus publié de disques depuis la pandémie avec leur précédent disque nommé Making A Door Less Open (chroniqué ici) qui a énormément divisé car il n’est clairement pas à la hauteur de ses précédents œuvres. Suite à cela, Will Toledo a connu de graves soucis de santé à cause du COVID. Et durant ce laps de temps, la concurrence s’était fortement accrue avec des nouveaux venus comme le groupe Geese qui semblait récupérer le territoire. Mais c’est sans compter sur un des songwriters de sa génération qui signe son très grand retour avec son treizième album du nom de The Scholars.
Pour leur grand retour, Car Seat Headrest compte voir les choses en grand en se lançant dans un rock opéra. Fortement inspiré des légendaires Sgt. Peppers de The Beatles, Tommy de The Who ou encore Ziggy Stardust de David Bowie, The Scholars viendra nous transporter vers une épopée médiévale où deux écoles (école de clowns et université) s’affrontent sous un fond de remise en cause de leur foi et d’autres questionnements existentiels. Très vite, on rentre dans le cœur de l’action avec « CCF (I’m Gonna Stay With You) » brouillant volontairement les pistes entre les accents Americana et d’autres plus rock avec toute l’intensité vocale de Will Toledo qui nous a tant manqué avant d’enfoncer le clou avec un « Devereaux » beaucoup plus downtempo et « Lady Gay Approximately » plus langoureux et plus acoustique n’hésitant pas à dévoiler sa large palette d’émotions.
S’éloignant définitivement des expérimentations électroniques et synthétiques en demi-teinte de Making A Door Less Open, Car Seat Headrest revient à ses premiers amours en appuyant sur le curseur opéra-rock avec des moments de bravoure. On en veut pour preuve le fiévreux « The Catastrophe (Good Luck With That, Man) » idéal pour les mosh pits en concert avant de prendre des ascensions beaucoup plus prog avec le gargantuesque « Gethsemane » où la construction musicale complexe rappelle quelque peu « Drunk Drivers/Killer Whales » dans l’âme. Et plus on avance dans le storytelling de The Scholars, plus on plonge dans le psyché des protagonistes notamment sur les épiques « Reality » et « Planet Desperation » visant les 19 minutes où Will Toledo et Ethan Ives (qui, soyons honnêtes, n’atteindra pas réellement le pic émotionnel de l’interprétation contrairement à la tête pensante du groupe même si il s’en tire avec les honneurs) se partagent le micro tandis qu’ils raconteront une attaque de clowns qui survient après l’accident presque mortel du directeur de l’université Hyacinth et qui contemple la destruction de son bahut. L’intensité du storytelling tout comme cette complexité musicale aura de quoi nous prendre aux tripes.
Il manquera plus qu’une conclusion post-punk qu’est l’incisif « True/False Lover » pour clôturer cette grande épopée absolument dantesque. Je vais être très honnête: Car Seat Headrest signe un retour en force avec The Scholars surtout après une longue période d’absence mais je regrette quelque peu l’aspect lo-fi de ses grands classiques que furent Teens Of Denial et Twin Fantasy. L’opéra-rock de The Scholars, bien que réussie, est notable pour ce côté bien trop lisse et ce concept un peu trop grandiloquent et peu abouti au niveau de la narration par moments. Mais il n’empêche que Will Toledo renait de ses cendres et rappellera au monde pourquoi il reste un des songwriters de génie de ces dix dernières années et il ne compte pas se reposer sur ses lauriers.
Note: 8/10
