
Tout le monde se souvient de l’impact absolument brutal de Model/Actriz avec leur premier album nommé Dogsbody (chroniqué ici). Le groupe de Brooklyn nous avait entraîné dans les bas fonds avec cette incroyable fusion entre no wave et indus absolument ténébreux et nihiliste où les grognements dérangés et survoltés de Cole Haden nous ont tenu en haleine. Après avoir connu un incroyable succès d’estime, l’heure est venue pour eux de récidiver avec Pirouette.
Pour ce second disque, Model/Actriz ira signer chez le label qui monte en puissance, à savoir Dirty Hit, soit le label de The 1975, Samia ou encore beabadoobee. Le seul hic, c’est de savoir si le groupe de Brooklyn ne va pas céder à la facilité ou si ils restent égaux à eux-mêmes. Ils mettront un terme à ce suspense avec « Vespers » plus hypnotique que jamais avant d’enfoncer le clou avec l’alarmiste « Cinderella » où Cole Haden se remémore d’un traumatisme d’enfance ainsi qu’avec « Poppy » presque grungy dans l’âme. Même si ils abandonnent quelque peu l’aspect nihiliste de Dogsbody, l’atmosphère globale reste tout de même glaciale.
Model/Actriz ira enfoncer le clou en empruntant un virage post-punk et EBM avec entre autres le dansant et le sulfureux « Diva » (comptant sa punchline infectieuse qu’est « I’m such a fucking biiiiiiiiiiiitch ») et son final indus qui ferait frémir un certain Trent Reznor mais encore « Doves » et son crescendo infernal qui fera réveiller les morts (et cette phrase « I make a rupture out of waiting » qui nous fera frissonner). Le quatuor de Brooklyn réussit à balayer les clichés et l’homosexualité et de l’identité queer avec pas mal de réussite (comme l’atteste l’interlude méditatif qu’est « Headlights ») en nous entraînant tantôt dans des boîtes de nuit sombres et crasseuses avec les cacophoniques et horrifiques « Audience » et « Ring Road » mais, étonnamment, à travers des moments plus calmes et plus épurées comme la ballade somptueuse et élégante qu’est « Acid Rain ».
Cette introspection se poursuit avec un « Baton » en guise de conclusion ensorcelante où Cole Haden convoque de nouveaux souvenirs enfouis en parlant à sa sœur oubliée mais qui a de quoi nous tenir en haleine. Mais paradoxalement, je reste quand même légèrement déçu à l’écoute de ce Pirouette où je ne retrouve pas le côté bestial et nihiliste qui avait fait la grandeur de Dogsbody. Model/Actriz semble s’être quelque peu assagi mais n’oublie pas cet aspect viscéral à travers des compositions plus mécaniques mais toujours aussi percutantes avec cette fusion musicale qui leur permet d’élargir encore plus leurs horizons. Mais cela reste tout de même un grand cru qui permettra au quatuor de Brooklyn de marquer une fois de plus son territoire.
Note: 8/10
