
Il y a trois années de cela, Odezenne avait mis tout le monde d’accord avec son précédent album nommé 1200 mètres en tout (chroniqué ici), moi y compris. Le trio bordelais nous avait envoûté avec son style beaucoup plus accessible que jamais, même si marqué par le deuil mais doté d’une véritable résilience, leur ayant valu une tournée mémorable qui a suivi. De l’eau a coulé sous les ponts et la question est de savoir ce que la formation allait nous réserver pour leur successeur qui s’intitule Doula (des couloirs des portières).
Alix, Jaco et Mattia retroussent leurs manches et reprennent là où ils se sont arrêtés trois années plus tôt avec un « Keskia » captivant où les voix légèrement trafiquées d’Alix et de Jaco se complètent pour exprimer leur désarroi de façon crue et poétique à la fois. Doula ne déroge pas à la règle avec cette poésie intimiste où Odezenne sait trouver les mots à la fois justes et caustiques comme sur les allures plus cold de « Houston » ou plus italo-disco de la décalée « Hey Joe » aux couplets défilant à toute allure et aux harmonies inégalables.
Une fois de plus avec Doula, Odezenne soigne parfaitement son univers musical minimaliste et toujours brouillé entre rap, electronica, rock et chanson française poétique. Que ce soit sur la douce et aérienne « Aïe aïe aïe » aux gimmicks à la fois amusants et agressifs et son avalanche de punchlines mordantes ou sur la plus rythmée et électrique « Baveux » et « Templehof », le trio bordelais fait parler sa créativité hors normes mais n’hésite pas pour autant à dévoiler sa facette beaucoup plus spleenesque avec « Merry-go-round » et « E.R.E. ! » en guise de conclusion vertigineuse. Tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce Doula un disque complet synthétisant avec brio le style singulier d’Odezenne. On y retrouve du soleil, de la mélancolie, du sarcasme, de la nonchalance mais beaucoup d’introspection où le trio bordelais réussit à trouver les mots sur les malaises et les malheurs du quotidien pour en faire des hymnes à la portée universelle.
Note: 7.5/10
