Wet Leg – moisturizer

Personne n’a échappé au fameux tube de l’année 2021. Vous savez de quel tube je parle. Oui, oui. Si je vous dis: « On a chaise longue, on a chaise longue, on a chaise longue, all day long, on a chaise longue », vous l’avez là ? Oui, Wet Leg a pris d’assaut toute la planète avec cet hymne garage-rock/post-punk qui leur a valu une consécration monstre. On en a eu droit à toutes les versions: française, remixée (et jamais en lingala, comme je l’espérais), chopped and screwed, bref tout le tintouin. Wet Leg a conquis le monde entier et a valu un buzz inconsidérable qui s’est soldé avec un premier album tant attendu paru en 2022 (chroniqué ici) où Rhian Teasdale et Hester Chambers se sont assises sur le trône avec trois GRAMMYs, deux Brit Awards à la clé et une tournée mondiale bien éprouvante. De l’eau a coulé sous les ponts et la question est de savoir si Wet Leg ira faire une « Chaise Longue » partie 2 ou si elles vont prendre son auditoire de court avec leur second album nommé moisturizer. Suspense, suspense…

Le duo de l’Île-de-Wright n’est jamais avare en idées et on en veut pour preuve ce second album où on retrouve une fois de plus Dan Carey aux commandes. Avec moisturizer, Wet Leg sort l’artillerie lourde, à savoir des textes pleins de sarcasme et d’absurdité où elles iront une fois de plus tacler la masculinité fragile et le font avec beaucoup d’efficacité dès le départ avec l’électrique et abrasif « CPR » toutes guitares dehors. Marchant de nouveau sur les pas d’Elastica, le duo féminin (encore une fois, techniquement parlant) est dans son élément même lorsqu’elle évoque la possibilité d’être amoureuse et enfonce le clou avec l’indie pop calibrée de « liquidize » avant de nous étonner avec « catch these fists » où elles sortent de leur zone de confort avec ces influences plus dance-punk tandis que Rhian Teasdale enfonce son plus bel uppercut destiné aux dragueurs lourds en soirée en affirmant son indépendance à 100%.

Même si les propos de Wet Leg n’ont pas tellement changé, moisturizer n’aura pas fini de nous surprendre. Entre rares moments de respiration avec le presque pastoral « davina mccall » interprété par Hester Chambers et d’autres plus effrontés avec « mangetout » (avec son « Get lost forever » dans les refrains qui resteront dans les annales) et « pillow talk » beaucoup plus motorik et noisy que jamais, le tandem de l’Île-de-Wright continuera de faire parler sa versatilité comme personne avec plus ou moins de réussite. On peut comprendre leur envie de viser large mais certains titres tels que le trop léger « pond song » ou encore « pokemon », qui se veut à mi-chemin entre yacht-rock et pop suave bien (trop) mainstream, sont clairement insipides (déso pas déso). Mais fort heureusement, elles iront se rattraper sur la fin avec les guitares presque shoegaze dans l’âme sur « don’t speak » où ce mélange de chant désabusé et de parler flegmatique fait effet mais encore sur le final nommé « u and me at home » s’achevant de façon bien feutrée et bien trop calculé pour être honnête.

La tension est palpable de bout en bout, malgré la ballade acoustique bien mélancolique (et un peu trop mollassonne) qu’est « 11:21 ». Mais c’est ce qui fera la richesse de moisturizer avec cette volonté de conserver leur base post-punk bien effrontée tout en allant vers une pop plus lisse. On sent clairement que Wet Leg a le cul entre deux chaises (longues, all day long) et a parfois du mal à passer d’un monde à un autre mais étrangement, l’intention est louable. L’ironie mordante, l’efficacité immédiate et les riffs imparables sont au rendez-vous et c’est à cela que l’on reconnaîtra le duo de l’Île-de-Wright.

Note: 7.5/10