Tomasi – Celui qui fait tout pour les autres

Depuis plusieurs années, on assiste à l’évolution artistique de Tomasi. On l’avait découvert avec un premier EP nommé Somnambule en 2019 avant de connaître l’ascension avec son successeur nommé Adulescent Fluorescent trois années et demi plus tard beaucoup plus introspectif où il est le héros de chaque histoire. Durant ce laps de temps, il s’est quelque peu mis en background en étant le directeur artistique pour une pléthore d’artistes, à savoir Yoa et Claude mais aussi en écrivant pour d’autres comme Ojos et Pépite. Et forcément, les yeux étaient rivés sur celui qui a une patte dans la scène pop française émergente. Pas le choix pour lui de se dévoiler avec son premier album tant attendu du nom de Celui qui fait tout pour les autres.

Et autant dire que le titre était plutôt bien choisi car Tomasi a décidé de scénariser son univers musical une fois de plus. Tout au long de ces quatorze titres réalisés par ses propres soins (mais également de la révélation Iliona et d’Elodie Charmensat), notre protagoniste était bien longtemps resté dans l’ombre et décide de raconter son parcours comme une sorte de long-métrage auditif divisé en quatre actes presque inspirée par les sitcoms d’antan, à travers ses dialogues, ses boîtes à rire et autres intonations. Et ce n’est pas un hasard si le premier titre se nomme « Sitcom (On ne peut pas plaire à personne) » où son humour narquois fait de nouveau fureur avant de se lancer dans une introspection vibrante et pleine de désespoir sur le plus électrique « Fais moi plaisir, pète moi la gueule », co-écrit avec Yoa, et sur le morceau-titre mettant en lumière ses failles et ses fêlures mais toujours de façon théâtrale. Allez, petite page de publicité et on se retrouve pour la suite !

Vous êtes toujours là ? Ok, on reprend. Donc je disais qu’au moment où on navigue dans le quotidien trépidant de Tomasi où il n’hésite pas à dévoiler l’envers du décor de sa vie, on passe à l’acte 2 qui est la rupture. Nous allons très vite comprendre qu’avec Celui qui fait tout pour les autres, on passe du rire aux larmes et notre protagoniste a le cœur brisé en voyant son couple se déchirer avec des morceaux plus sombres et contemplatifs comme « Est-ce qu’on va droit dans le mur ? » ainsi que « Mythique » et « Désolé mon cœur, pt.2 » qui se rejoignent tandis que l’interprétation de notre hôte se fait plus autotunée. Mais cette peine de cœur restera temporaire car on passe à l’acte 3 qui est le flashback. Et Tomasi tend le miroir tandis qu’il poursuit cette introspection avec des hymnes plus légers comme « Olympia » mais également le tube de l’été qu’est « Chien de la Casse » en compagnie d’Elodie Charmensat, moitié de Ojos, avant d’appuyer ses propos avec « Je ne sais que tricher » ou encore « Il n’y a que toi (qui t’intéresse) » mettant en avant son rapport bien trop autocentré avant de rebasculer dans une mélancolie absolument éclatante qui n’aura pas fini de nous faire frissonner. Bon bah maintenant qu’il a su mettre les mots justes qui sauront résonner en nous, petite page de pub ? Petite page de pub.

Pendant que la sitcom tire vers la fin, Celui qui fait tout pour les autres se clôture avec un dernier acte qui se nomme Et maintenant ? Tomasi revient à ses premiers amours qu’est le hip-hop avec une interlude bien aiguisée du nom de « Pause » avant de se lancer dans une ultime contemplation avec « Conte de fée (Boys do cry) » où il accepte définitivement ses fêlures et décide d’embrasser sa vulnérabilité pour partir sur de nouvelles bases après avoir évacué ses larmes une bonne fois pour toutes. Le premier album de Tomasi est une véritable leçon d’introspection musicale où il scénarise son parcours musical, à mi-chemin entre chanson française 2.0, rap et rock, tout en narrant sa rupture amoureuse, la fin d’une tranche de vie passée ainsi que son passage à l’âge adulte en mettant les mots justes sur ses angoisses du quotidien avec une légère pointe d’humour et de spleen qui lui va à ravir.

Note: 7.5/10