Antibalas – Where The Gods Are In Peace

Chez Daptone Records, beaucoup sont partagés entre Menahan Street Band, Budos Band ou encore The Dap-kings. Et puis, il y a Antibalas que presque personne ne calcule. Et pourtant, c’est une sacrée troupe que nous avons là car ils ont fait forte impression avec leur septième album en 2012 et cinq ans plus tard, ils récidivent avec leur nouveau disque Where The Gods Are In Peace.

Le combo de Brooklyn continue de nous balancer des bonnes vibes afrobeat mais avec une pointe d’universalité en prime. Et dès le premier titre de 10 minutes, « Gold Rush » vient annoncer la couleur en mettant le savoir-faire scénique d’Antibalas tout comme « Hook & Crook » qui avoisine les 9 minutes riche en tensions avec ses cuivres et percussions rutilants. Après avoir bien préparé le terrain, c’est au tour de « Tombstown » divisé en trois parties: une odyssée afrobeat beaucoup plus sombre et mystique mais ô combien dense et prenante à chaque note et chaque mesure. Ce nouveau disque d’Antibalas permettra de montrer le côté radical de leur musique qui est plutôt intéressant à souligner.

Note: 8/10

Sharon Jones & The Dap-Kings – Soul Of A Woman

Quelques jours après que Donald Trump fut annoncé comme étant futur président des Etats-Unis, deux grands actes de la musique décèdent brutalement: Leonard Cohen et Sharon Jones. Cette dernière qui est assurément une des plus grandes divas de la soul se plaignait des résultats des élections pendant plusieurs jours selon certains témoignages. Tout ceci a entraîné la réactivation de son cancer du pancréas qui lui a été diagnostiqué des années plus tôt et qui finira par l’emporter en ce funeste jour du 19 novembre 2016. Une des principales voix du label (quasi-mortuaire) de Daptone Records s’en est allé et a laissé un grand vide à la soul, surtout lorsque son collègue Charles Bradley s’en est allé en septembre dernier également. Mais afin de faire un véritable adieu en grâce, le label décide de publier son ultime album posthume intitulé Soul Of A Woman qui fut achevé peu avant son décès.

A l’écoute de cet opus, beaucoup de frissons nous parcourent l’échine tant on reste profondément émus par son interprétation toujours aussi magistrale qui fait mouche comme des titres profondément vintage comme « Matter Of Time », « Sail On ! » ainsi que les revigorants « Rumors » et « Pass Me By ». Encore une fois, on ne peut que s’agenouiller sur les arrangements du très grand Gabriel Roth ainsi que ses Dap-Kings toujours aussi talentueux donnant l’impression de revivre la belle époque de la soul des années 1960-1970 mais version 2.0 et ça fait son bel effet sur « Searching For A New Day », « Just Give Me Your Time » ainsi que « Girl ! (You Got To Forgive Him) » où elle joue le rôle de la BFF qui tente à tout prix de réconforter sa pote après que son amoureux lui ait fait des coups de crasse.

Le plus magique sur Soul of a Woman, c’est que l’on peut déceler différentes personnalités chez notre regrettée Sharon Jones. Qu’elle soit romantique (« When I Saw Your Face »), touchante (« These Tears (No Longer For You) » ou même optimiste et source de motivation (« Come And Be A Winner »), on a l’impression d’avoir affaire à une sœur, une amie fidèle à laquelle on peut se fier quel que soit les circonstances. La conclusion poignante et presque spirituelle du nom de « Call On God » a de quoi provoquer un pincement au cœur lorsque l’on réalise qu’elle n’est plus parmi tout. En somme, cet ultime opus est un magnifique testament d’une grande dame de la soul contemporaine qui aura bouleversé des générations entières. Rien que pour ça, on a envie de lui dire: merci pour tout.

The Olympians – The Olympians

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Le label Daptone Records continue à monter en puissance et personne ne peut stopper sa croissance. Inutile de rappeler le roster du fameux label soul de Brooklyn car vous connaissez sans doute ses groupes, ses artistes mais également ses backing bands. Et bien un autre backing band vient s’ajouter dans la liste, il s’agit de The Olympians, un groupe de soul instrumental composé de Toby Pazner (claviers), de Tom Brenneck (guitare), de Michael Leonhart (trompette), de Leon Michels et de Neal Sugarman (saxophones) mais aussi de Homer Steinwess (batterie).

Pour bien se présenter, le sextet nous implante son univers à mi-chemin entre blaxploitation des années 1970 et soul instrumental old-school, de quoi bien se préparer pour un voyage riche en groove et en finesse se débutant avec l’enivrant « Sirens Of Jupiter ». Selon Toby Pazner, cet opus raconterait l’histoire des Dieux de l’Olympe et on s’imagine déjà arpenter les lieux et les recoins de cette mythologie grecque à travers les morceaux éloquents comme « Apollo’s Mood », « Diana By My Side » ou même « Sagittarius By Moonlight ».

Hommage à la blaxploitation ou hommage à l’époque greco-romaine, personne ne sait vraiment où en voulait venir nos six hôtes en fait. Mais toujours est-il que pendant 40 minutes, on se laisse guider par des monuments soul-jazz entraînants où chaque note, chaque instrument, chaque mélodie parcourt nos oreilles de façon intrépide et de nombreux frissons parcourent l’échine, à l’image de « Europa and The Bull » et « Pluto’s Lament » par exemple. Et c’est ce qui fait de ce premier album de The Olympians un opus qu’on prend plaisir à écouter pour son intrigue cinématique sans oublier le savoir-faire de Daptone.

Note: 8.5/10

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The Frightnrs – Nothing More To Say

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Tout le monde le sait et inutile de le répéter, Daptone Records est vraiment la maison-mère de la soul vintage remise au goût du jour. Et de grands talents en sont sortis de ce label: Charles Bradley, Sharon Jones, Lee Fields, Saun & Starr mais aussi des groupes maison faisant parfois office de backing band: The Budos Band, Antibalas, Daktaris, Menahan Street Band et consorts. Mais récemment, le label cherche à toucher de nouveaux horizons musicaux et a même créé un sous-label Wick Records réservé au rock’n’roll et The Mystery Lights fut le premier groupe signé. C’est donc pas un hasard si ils s’attaquent au reggae old school et d’ailleurs The Frightnrs est le premier groupe reggae signé sur le label Daptone. Une signature qui fait tout de même froid dans le dos car Dan Klein, le chanteur du groupe, est décédé en juin dernier suite à sa maladie de Charcot.

Et autant vous dire que leur signature chez Daptone m’a plus qu’étonné car je m’attendais à ce qu’ils soient signés chez Truth & Soul mais bon l’essentiel n’est pas là. Le quatuor de Brooklyn transpire le rocksteady des 60’s et le reggae roots sorti tout droit des labels légendaires Trojan Records et Studio One. On a vu ce que ça a donné avec leur premier album éponyme paru en 2012 et ce second opus mi-posthume Nothing More To Say sonne plus comme une véritable révélation. On se serait vraiment crus cinq décennies en arrière avec ce vinyl qui crépite à l’écoute des titres chaloupés comme « All My Tears », « Nothing More To Say » ou encore « What Have I Done ». Sans doute à cause de la production magique du talentueux mais trop discret Ticklah.

Aux côtés des compositions originales, nostalgiques et délicieusement soulful comme « Purple », « Trouble In Here » ou les harmonies doo-wop du succulent « Looking For My Love » résident tout de même des reprises du catalogue Daptone en version rocksteady, à savoir « Gotta Find A Way » de Bob & Gene et « Gonna Make Time » de Saun & Starr. Cela permet également de se rendre compte des prouesses vocales et quasi-déchirantes de Dan Klein qui envoient du tonnerre. Il n’y a plus rien à rajouter si ce n’est que ce second (et probablement ultime) opus restera dans nos annales dont on ne retiendra le chant charismatique d’un homme qui s’est battu contre sa maladie avant de donner son dernier souffle au mois de juin. Et c’est ce qu’on retiendra de The Frightnrs.

Note: 8.5/10

Charles Bradley – Changes

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Avec ses deux premiers albums No Time For Dreaming en 2011 et Victim Of Love en 2013, Charles Bradley est devenu la référence soul old-school du label Daptone Records aux côtés de ses camarades de label tout aussi vétérans comme Lee Fields ou encore Sharon Jones. Cette année, le sosie de James Brown en est à son troisième album intitulé Changes car oui, l’heure est au changement.

Le changement, c’est maintenant (et pour de vrai) avec Charles Bradley. Le soulman de Brooklyn de 62 ans à la mine tristounette décide d’employer les grands moyens. Sur ses deux premiers albums, il était accompagné du gang The Menahan Street Band mais ici, il fait intervenir The Budos Band ainsi que The Extraordinaries pour montrer sa versatilité. Mais surtout, il revendique haut et fort son identité en faisant preuve de maturité, de spiritualité et de sagesse. Dès lors sur l’introduction « God Bless America », il débute par un discours prenant des airs d’allocution présidentielle avant de finir sur les chœurs qui chantent avec lui « God bless America » montrant à quel point il est attaché à son pays malgré ce qu’il a subi ainsi que les dernières bavures policières causées par la communauté afro-américaine. La suite est du même acabit en appelant à la paix et à l’amour dans le monde sur les entêtants « Good To Be Back Home », « Ain’t Gonna Give It Up » et « Change For The World ».

La voix puissante et déchirante de Charles Bradley fait toujours son effet notamment sur les magnifiques chansons d’amour que sont les slows « Nobody But You », « Things We Do For Love » ou encore « Crazy For Your Love ». En gros: que du love et on en a bien besoin dans ce monde de brutes. Les groupes (The Budos Band et The Extraordinaries) qui accompagnent le soulman font le travail de manière impeccables, surtout les cuivres et les notes de guitare qui subliment parfaitement la voix du soulman comme sur le funky et endiablé « Ain’t It A Sin » où l’esprit de James Brown flotte dans les airs. Si il y a un second titre indispensable à relever sur Changes, c’est le titre éponyme himself qui est une reprise du groupe Black Sabbath. Mais Charles Bradley et ses sbires subliment et en font une reprise totalement exceptionnelle, exactement comme « Stay Away », la reprise de Nirvana en 2011 (où il a notamment refusé de placer le « God is gay » à la fin mais je le comprends).

A travers ce troisième album qu’est Changes, Charles Bradley nous rappelle ce message que malgré tous les problèmes de la vie, seul l’amour vaincra. Ça peut sembler cucul mais la façon dont il le transmet est d’une façon saisissante et authentique. Sublimé par les arrangements soulful et résolument vintage (merci la magie Daptone), ce troisième album concentré d’amour et d’air frais saura vous enchanter. Charles Bradley for President !

Note: 8.5/10

Saun & Starr – Look Closer

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Le label Daptone Records regorge toujours de bonnes pépites de soul vintage. Il compte entre autres Lee Fields, Charles Bradley, Naomi Shelton ou encore Sharon Jones ainsi que des live bands comme The Dap-Kings, The Expressions, Menahan Street Band ou encore The Budos Band. Ces derniers temps, le label a décidé de mettre la lumière sur un duo talentueux, j’ai nommé Saun & Starr.

En réalité, Saundra Williams et Starr Duncan qui se sont rencontrées à Harlem vers la fin des années 1980 assuraient les chœurs pour Sharon Jones et The Dap-Kings depuis 2008 et étaient surnommées « The Dapettes ». C’est sous l’encouragement de cette dernière que le duo nous présente un premier album Look Closer. Produit par Gabriel Roth, fondateur du label, ce premier opus de 11 titres est un formidable condensé de soul vintage (« Gonna Make Time », « Sunshine (You’re Blowin’ My Cool) »), de funk des 60’s-70’s (« Hot Shot », « Big Wheel », « Blah Blah Blah Blah Blah Blah Blah ») et de rhythm & blues (« Look Closer (Can’t You See The Signs ?) »). Parmi mes coups de cœur, je retiendrais surtout les vibrantes « Another Love Like Mine » aux ambiances dignes de la blaxploitation et « If Only » ou encore la pétillante et jubilatoire « Your Face Before My Eyes » qui prouvent que le duo sait s’adapter aux compositions de The Dap-Kings.

Look Closer est un pur produit Daptone Records à consommer sans modération. Les voix des deux divas se complétant parfaitement ainsi que la soul « vintage » fournie par The Dap-Kings suffisent amplement pour nous convaincre. Comme quoi sortir de l’ombre, ça a toujours son avantage et c’est à louper sous aucun prétexte. On vous aura prévenus !

Note: 8/10

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