Flox – Taste Of Grey

En 2015, Flox a pu goûter à la recette du tube avec son éternel titre feel-good intitulé « Find Some Joy » extrait de son dernier album Homegrown (chroniqué ici). Le prince du nu-reggae (pour rappel, mélange de reggae, dub, électro et trip-hop) à la double nationalité revient comme une fleur avec son nouveau disque intitulé Taste Of Grey.

Démarrant en trombe avec une introduction instrumentale de très haute qualité avec « Face To Face », le franco-britannique nous sert une bonne dose de nu-reggae avec des morceaux vitaminés et charismatiques à l’image de « A Taste Of Grey », « Don’t Believe » quasi-instrumental ou encore « Do You Good ». D’ici là, il n’y a rien à reprocher si ce n’est que l’artiste a préféré privilégier les émotions pour nous offrir ses nouvelles créations plus inspirées comme « Kick It Out » et « Home » ou le plus original « Love In It ».

Après un duo plutôt surprenant avec la nouvelle rookie Naâman sur l’enjoué « High Rope », Flox nous sert une conclusion à la croisée du hip-hop de haute gamme intitulée « In My Head (Finale) » faisant de Taste Of Grey une oeuvre implacable et concise de la part d’un musicien n’ayant pas froid aux yeux.

Note: 7/10

Bost & Bim / Brisa Roché / Winston McAnuff – Your Light / Rabbi Son

Tiens, ça fait longtemps qu’on n’avait pas entendu parler de Bost & Bim. Vous vous souvenez d’eux, d’ailleurs ? Ce duo qui faisait des remixes reggae des morceaux de hip-hop US des années 2000 (P.I.M.P. de 50 Cent, Lighters Up de Lil’Kim et j’en passe…) mais également « American Boy » d’Estelle et Kanye West rebaptisé « Jamaican Boy » à l’occasion avec Brisa Roché et Lone Ranger. C’était le bon temps et bien, figurez-vous qu’ils sont de retour avec deux nouveaux EPs intitulés Your Light avec Brisa Roché et Rabbi Son avec Winston McAnuff.

Intéressons-nous tout d’abord au premier EP en compagnie de notre diva qui survole avec classe les riddims reggae-dub que nous confectionne Bost (car pour info, la moitié du duo Bim qui fut guitariste est décédé en juin 2016) avec les agréables « I’ll Be Your Safety », « Good Man » mais aussi « Tall Man ». Ils en profitent également pour reprendre  « Life On Mars » pour un touchant hommage à David Bowie pour un résultat réussi mais aussi d’inviter LMK (qui a fait ses preuves sur l’album de Taggy Matcher, l’autre pseudonyme de Patchworks) sur l’optimiste « Your Light ». En somme, un EP agréable à écouter sans modération.

 

Maintenant place à la seconde partie provisoirement intitulé Rabbi Son mettant cette fois-ci en lumière la voix du très grand Winston McAnuff qu’on ne présente plus. Et cela fait plaisir de l’entendre dans un univers qu’il affectionne le mieux, à savoir un son reggae envoûtant à l’ancienne avec les éclatants « No Warrior », « I Won’t Be Afraid » et « Dem Know ». Et comme sur le précédent EP, ici, ils ont l’audace de reprendre avec classe « Crazy » de Gnarls Barkley et pour ça, on ne peut pas s’en plaindre.

Avec ce retour en force, Bost reprend son trône même sans l’aide de son défunt acolyte afin de nous envoûter avec ses riddims organiques et implacables mettant également en vedette ses deux invités qui tirent leur épingle du jour.

Note: 7.5/10

L’Entourloop – Le Savoir Faire

En 2015, nous avions fait connaissance avec L’Entourloop, un duo qui mélangeait savamment le hip-hop et le reggae. Les nouveaux concurrents face aux groupes de taille comme Le Peuple de l’Herbe ou encore Chinese Man avaient frappé fort avec leur premier album Chickens In Your Town et ils récidivent deux ans plus tard avec leur nouvel opus intitulé Le Savoir-Faire.

Le duo de beatmakers/DJs nous offre tout simplement leur savoir-faire, à savoir mixer le hip-hop et le reggae de façon impeccable et avec une myriade de guests 5 étoiles: Demolition Man, Biga* Ranx, Marina P, Troy Berkeley, Rodney P, Skarra Mucci ou encore Panda Dub. Ça fait rêver, hein ? Et bien accrochez vos ceintures car ça va décoller avec le premier titre du même nom conviant N’Zeng, ex-trompettiste du Peuple de l’Here, qui lance les hostilités et qui affiche la couleur de ce second opus. D’ailleurs, ce dernier n’hésite pas à intégrer sa patte qui a fait la légende de son ancien groupe sur les titres comme « Le Rendez Vous » avec Tiria Ippie sur une instru jungle ainsi que les sonorités skunk funky de « Fonk Monk » conviant la princesse du raggamuffin Soom T.

Les invités répondent présent et ajoutent une plus-value aux instrus « banging hip-hop inna yardie style » avec Demolition Man qui étonne sur les sonorités dancehall de « Weh U Come From », sans oublier le légendaire Rodney P qui ne perdra jamais sa verve sur l’excellent « Forgotten Skank » ou encore les posse-cuts pour le moins mémorables du boom-bap « Sounds To Wake The Kids Up » avec Stig Of The Dump et King Hippo « Tour de Force » conviant Ruffian Rugged, Skarra Mucci, Blackout JA sans oublier la star de cet album qu’est Troy Berkeley qui spittent sur ce sample ultra-connu de « Hi Shan » de Lloyd Charmers. D’ailleurs, ce Troy Berkeley est présent à multiples reprises notamment sur « Johnny A Bad Man » et « SoundBwoy ».

Et qui d’autre ? On retrouvera Biga* Ranx qui vient ramener son reggae vapor enfumé et psychédélique sur le très abouti « Push The Limits » agrémenté de quelques scratches de la part de l’Entourloop, le chaloupé « Shoefiti » avec la diva Marina P ou le sample jazzy loufoque de « One & Only » avec Charlie P faisant penser à du Chinese Man. Le duo stéphanois ne manque pas d’appeler le producteur de hip-hop grec Kill Emil à la rescousse pour « The People And The Police » avec son introduction hip-hop se finissant sur de la drum’n’bass survoltée mais aussi le talentueux Panda Dub à clôturer la cérémonie avec le dub stepper planant et intense de « Le Bonheur ». Avec Le Savoir-Faire, L’Entourloop virevolte entre soundsystem et ghetto-blaster avec ce festival coloré décliné en 18 titres pour notre plus grand bien.

Note: 7.5/10

The Hempolics – Kiss, Cuddle & Torture Volume 1

Après Dub Pistols, veuillez accueillir The Hempolics, un nouveau big-band londonien qui possède un faible pour le reggae et le dub. Le groupe mené de main maître par Grippa Laybourne est composé de Nubiya Brandon et de Dan ‘Dandelion’ et Harry Collier qui se partagent le micro mais aussi de Lorenzo à la basse, de Leon King à la guitare ainsi que de Craig Boorman à la batterie et nous proposent un melting-pot musical plutôt explosif avec leur premier album Kiss, Cuddle & Torture Volume 1.

Avec une esthétique vintage et DIY, The Hempolics séduit pour sa diversité musicale. Et c’est donc sans prétention que l’on peut passer du reggae-dub urbain sur « Boss Clock Me Style » qui a de quoi rappeler le style de Hollie Cook mais aussi sur « High & Gritty », « Hust So Good », « Life Ain’t Easy » aux énergies contagieuses ou le rocksteady « Me Love To Sing » aux accents soulful avec « Early In The Morning ». On y décèle également des influences trip-hop sur « In My Brain » conviant Maxi Jazz de Faithless ou plus indie rock avec « Road Side » chanté par Paolo Nutini sans oublier « Samurai » quelque peu plus surf.

Avec une ribambelle d’invités et son lot d’influences (reggae, dub, hip-hop, soul, dancehall, indie rock, électro…), The Hempolics surprend pour son côté cosmopolite et soundsystem qui séduit d’emblée. Hâte de découvrir le volume 2 de ce Kiss, Cuddle & Torutre plein de promesses.

Note: 8.5/10

Retrouvez The Hempolics sur Facebook / Twitter / Bandcamp

Tambour Battant – Dance All Night

Tiens, revoilà le tandem Tambour Battant. Le duo marseillais formé par Ben Stoker et Chixx avait formé leur propre structure Château Bruyant et avait fait paraître leur premier album TBBT en 2010. Après de nombreuses années où ils se sont fait plaisir, ils reviennent sept ans plus tard avec leur second album Dance All Night sur le label X-Ray Production (Biga* Ranx, Bazil, Manudigital…).

Ayant comme principale mission de retourner le dancefloor, Tambour Battant reste cantonné dans son genre musical qu’il maîtrise le mieux, c’est-à-dire la bass music aux sonorités reggae, dancehall et house. Et pour bien nous ambiancer comme il se doit, un casting prestigieux est de sortie. Attention, déroulez le tapis rouge: Taiwan MC, Bazil, General Levy, Pauline Diamond… Je poursuis ou c’est bon ? Bon ok: Jahdan Blakkamore, Noble Society, George Palmer et ainsi de suite. Au milieu des instrus explosifs que sont « Satisfy » très électro, « Open Your Eyes » vacillant entre dub et trap ainsi que « Wasted » avec ses voix en chopped & screwed, les invités remplissent parfaitement le contrat proposé par Tambour Battant.

Tandis que Taiwan MC reste fidèle à son style sur « Spring Bounce » allant du ska à la house le tout sur une bonne production bass music, General Levy nous enjaille comme pas possible sur « Highest Upgrade » tout comme Bazil sur l’électro-dancehall tropical de « Move Pon Bakka » et le posse-cut immanquable des sonorités trap colorées de « Surf The Wave » avec Jahdan Blakkamore, D2 Tha Future et Delie Red X. Et que dire de George Palmer, l’invité chic et choc de Manudigital, qui fait le taff sur une prod limite house sur « Every Body » ? Le choc des cultures se poursuit avec des morceaux plus pop chantés par Pauline Diamond avec « Vision » et ses gimmicks dignes de DJ Snake ou d’autres plus hip-hop avec Noble Society sur « Wealthy » critiquant la situation actuelle engendrée par les élections américaines. On retrouvera une version dub planante de ce morceau en toute fin d’album.

Sept années qu’on attendait une suite logique de TBBT et bien Tambour Battant n’a pas déçu avec Dance All Night. Avec sa fusion des genres, le duo marseillais prouve que l’on peut mélanger EDM et sonorités jamaïcaines sans jamais tomber dans le cliché et rien que pour ça, on est prêt à danser toute la nuit dessus.

Note: 7/10

The Black Seeds – Fabric

Quand le chat n’est pas là, les souris dansent. C’est un peu le proverbe qui correspond entre les deux grands titans du reggae de la Nouvelle-Zélande: Fat Freddy’s Drop et The Black Seeds. Et la concurrence est intense en matière d’originalité. Tandis que les premiers nous ont épaté avec leur Bays il y a deux ans, les derniers nous ont laissé pantois avec un Dust & Dirt résolument planant et lounge en 2012. Après cinq ans d’absence et pendant que leurs concurrents préparent peut-être leur grand retour, les voilà que The Black Seeds nous présentent leur sixième opus intitulé Fabric.

Après leur épopée psychédélique de leur étonnant Dust & Dirt, le combo néo-zélandais a décidé d’ajouter des couleurs groovy pour ce nouvel album à leur reggae mutant qui a fait leur réputation. On en est pas encore là car des standards à mi-chemin entre le one-drop et le dub sont présents avec « Better Days », « Everybody Knows » et « Moving On ». Et préparez-vous à sortir la boule à facettes et les pattes d’eph car surviennent les morceaux disco-funk de « Freakin' » et de l’entraînant « The Weaver » qui vous feront danser jusqu’au bout de la nuit à coups de lyrics poussant à la réflexion.

Alternant les hymnes dub comme le lunaire « Fabric » et le déstructuré « Ride On » et d’autres plus smooth comme l’excellent « Back To You », The Black Seeds reste dans son élément et continue à multiplier les palettes musicales pour se démarquer. Ne perdant jamais ses aspects soulful comme sur le dernier titre « Lost In The Bush », le combo de Wellington garde les pieds sur Terre et continue à distribuer des good vibes par milliers, tel est leur marque de Fabric.

Note: 7/10

Panda Dub – Shapes & Shadows

A l’heure où le reggae digital continue à prendre de l’ampleur en Hexagone avec des actes comme Biga*Ranx, Manudigital, Stand High Patrol ou encore Atili Bandalero et Supa Mana, le dub se fait de plus en plus rare. Mais à une exception près: Panda Dub. A l’heure où des groupes comme High Tone, Kaly Live Dub ou Ez3kiel font de moins en moins parler d’eux, le lyonnais continue à souffler sur les braises chaudes du dub et voilà qu’il nous présente son quatrième opus du nom de Shapes & Shadows.

C’est sur un sample de la voix d’Amy Winehouse que s’ouvre ce nouveau disque cérébral et massif avec une introduction de qualité du nom de « Howl » qui nous hypnotise pendant 7 bonnes minutes avec ses samples de violon s’implantant malicieusement. Le dub digital du lyonnais reste toujours aussi intact et reprend là où s’est arrêté The Lost Ship deux ans plus tôt avec toujours cette recherche de nouvelles textures soniques en tous genres avec le très synthétique « Enigma » et « Shankara » qui ont de quoi nous filer la chair de poule.

Shapes & Shadows est aussi l’occasion pour Panda Dub d’ajouter de nouvelles sonorités à son dub incisif avec une bonne touche celtique sur « Kalahari », des sonorités boom-bap sur l’interlude brise-nuques « J’finirai seul dans un coquillage », trip-hop sur le magnifique et ténébreux morceau-titre ou encore trap sur « Drizzle ». Le dub maker n’hésite pas non plus à rendre hommage à ses aînés locaux qui sont High Tone en reprenant à sa sauce leur classique « Bad Weather ». Frissons garanties et il ne manque plus qu’un « Labyrinthe » saccadé pour être convaincu du génie du bonhomme mais aussi de son quatrième album qui est le plus varié et le plus ambitieux à ce jour. Ça m’étonnerait fortement qu’il finira seul dans un coquillage vu comment sa carrière a pris de l’ampleur.

Note: 8/10