The Hempolics – Kiss, Cuddle & Torture Volume 1

Après Dub Pistols, veuillez accueillir The Hempolics, un nouveau big-band londonien qui possède un faible pour le reggae et le dub. Le groupe mené de main maître par Grippa Laybourne est composé de Nubiya Brandon et de Dan ‘Dandelion’ et Harry Collier qui se partagent le micro mais aussi de Lorenzo à la basse, de Leon King à la guitare ainsi que de Craig Boorman à la batterie et nous proposent un melting-pot musical plutôt explosif avec leur premier album Kiss, Cuddle & Torture Volume 1.

Avec une esthétique vintage et DIY, The Hempolics séduit pour sa diversité musicale. Et c’est donc sans prétention que l’on peut passer du reggae-dub urbain sur « Boss Clock Me Style » qui a de quoi rappeler le style de Hollie Cook mais aussi sur « High & Gritty », « Hust So Good », « Life Ain’t Easy » aux énergies contagieuses ou le rocksteady « Me Love To Sing » aux accents soulful avec « Early In The Morning ». On y décèle également des influences trip-hop sur « In My Brain » conviant Maxi Jazz de Faithless ou plus indie rock avec « Road Side » chanté par Paolo Nutini sans oublier « Samurai » quelque peu plus surf.

Avec une ribambelle d’invités et son lot d’influences (reggae, dub, hip-hop, soul, dancehall, indie rock, électro…), The Hempolics surprend pour son côté cosmopolite et soundsystem qui séduit d’emblée. Hâte de découvrir le volume 2 de ce Kiss, Cuddle & Torutre plein de promesses.

Note: 8.5/10

Retrouvez The Hempolics sur Facebook / Twitter / Bandcamp

Tambour Battant – Dance All Night

Tiens, revoilà le tandem Tambour Battant. Le duo marseillais formé par Ben Stoker et Chixx avait formé leur propre structure Château Bruyant et avait fait paraître leur premier album TBBT en 2010. Après de nombreuses années où ils se sont fait plaisir, ils reviennent sept ans plus tard avec leur second album Dance All Night sur le label X-Ray Production (Biga* Ranx, Bazil, Manudigital…).

Ayant comme principale mission de retourner le dancefloor, Tambour Battant reste cantonné dans son genre musical qu’il maîtrise le mieux, c’est-à-dire la bass music aux sonorités reggae, dancehall et house. Et pour bien nous ambiancer comme il se doit, un casting prestigieux est de sortie. Attention, déroulez le tapis rouge: Taiwan MC, Bazil, General Levy, Pauline Diamond… Je poursuis ou c’est bon ? Bon ok: Jahdan Blakkamore, Noble Society, George Palmer et ainsi de suite. Au milieu des instrus explosifs que sont « Satisfy » très électro, « Open Your Eyes » vacillant entre dub et trap ainsi que « Wasted » avec ses voix en chopped & screwed, les invités remplissent parfaitement le contrat proposé par Tambour Battant.

Tandis que Taiwan MC reste fidèle à son style sur « Spring Bounce » allant du ska à la house le tout sur une bonne production bass music, General Levy nous enjaille comme pas possible sur « Highest Upgrade » tout comme Bazil sur l’électro-dancehall tropical de « Move Pon Bakka » et le posse-cut immanquable des sonorités trap colorées de « Surf The Wave » avec Jahdan Blakkamore, D2 Tha Future et Delie Red X. Et que dire de George Palmer, l’invité chic et choc de Manudigital, qui fait le taff sur une prod limite house sur « Every Body » ? Le choc des cultures se poursuit avec des morceaux plus pop chantés par Pauline Diamond avec « Vision » et ses gimmicks dignes de DJ Snake ou d’autres plus hip-hop avec Noble Society sur « Wealthy » critiquant la situation actuelle engendrée par les élections américaines. On retrouvera une version dub planante de ce morceau en toute fin d’album.

Sept années qu’on attendait une suite logique de TBBT et bien Tambour Battant n’a pas déçu avec Dance All Night. Avec sa fusion des genres, le duo marseillais prouve que l’on peut mélanger EDM et sonorités jamaïcaines sans jamais tomber dans le cliché et rien que pour ça, on est prêt à danser toute la nuit dessus.

Note: 7/10

The Black Seeds – Fabric

Quand le chat n’est pas là, les souris dansent. C’est un peu le proverbe qui correspond entre les deux grands titans du reggae de la Nouvelle-Zélande: Fat Freddy’s Drop et The Black Seeds. Et la concurrence est intense en matière d’originalité. Tandis que les premiers nous ont épaté avec leur Bays il y a deux ans, les derniers nous ont laissé pantois avec un Dust & Dirt résolument planant et lounge en 2012. Après cinq ans d’absence et pendant que leurs concurrents préparent peut-être leur grand retour, les voilà que The Black Seeds nous présentent leur sixième opus intitulé Fabric.

Après leur épopée psychédélique de leur étonnant Dust & Dirt, le combo néo-zélandais a décidé d’ajouter des couleurs groovy pour ce nouvel album à leur reggae mutant qui a fait leur réputation. On en est pas encore là car des standards à mi-chemin entre le one-drop et le dub sont présents avec « Better Days », « Everybody Knows » et « Moving On ». Et préparez-vous à sortir la boule à facettes et les pattes d’eph car surviennent les morceaux disco-funk de « Freakin' » et de l’entraînant « The Weaver » qui vous feront danser jusqu’au bout de la nuit à coups de lyrics poussant à la réflexion.

Alternant les hymnes dub comme le lunaire « Fabric » et le déstructuré « Ride On » et d’autres plus smooth comme l’excellent « Back To You », The Black Seeds reste dans son élément et continue à multiplier les palettes musicales pour se démarquer. Ne perdant jamais ses aspects soulful comme sur le dernier titre « Lost In The Bush », le combo de Wellington garde les pieds sur Terre et continue à distribuer des good vibes par milliers, tel est leur marque de Fabric.

Note: 7/10

Panda Dub – Shapes & Shadows

A l’heure où le reggae digital continue à prendre de l’ampleur en Hexagone avec des actes comme Biga*Ranx, Manudigital, Stand High Patrol ou encore Atili Bandalero et Supa Mana, le dub se fait de plus en plus rare. Mais à une exception près: Panda Dub. A l’heure où des groupes comme High Tone, Kaly Live Dub ou Ez3kiel font de moins en moins parler d’eux, le lyonnais continue à souffler sur les braises chaudes du dub et voilà qu’il nous présente son quatrième opus du nom de Shapes & Shadows.

C’est sur un sample de la voix d’Amy Winehouse que s’ouvre ce nouveau disque cérébral et massif avec une introduction de qualité du nom de « Howl » qui nous hypnotise pendant 7 bonnes minutes avec ses samples de violon s’implantant malicieusement. Le dub digital du lyonnais reste toujours aussi intact et reprend là où s’est arrêté The Lost Ship deux ans plus tôt avec toujours cette recherche de nouvelles textures soniques en tous genres avec le très synthétique « Enigma » et « Shankara » qui ont de quoi nous filer la chair de poule.

Shapes & Shadows est aussi l’occasion pour Panda Dub d’ajouter de nouvelles sonorités à son dub incisif avec une bonne touche celtique sur « Kalahari », des sonorités boom-bap sur l’interlude brise-nuques « J’finirai seul dans un coquillage », trip-hop sur le magnifique et ténébreux morceau-titre ou encore trap sur « Drizzle ». Le dub maker n’hésite pas non plus à rendre hommage à ses aînés locaux qui sont High Tone en reprenant à sa sauce leur classique « Bad Weather ». Frissons garanties et il ne manque plus qu’un « Labyrinthe » saccadé pour être convaincu du génie du bonhomme mais aussi de son quatrième album qui est le plus varié et le plus ambitieux à ce jour. Ça m’étonnerait fortement qu’il finira seul dans un coquillage vu comment sa carrière a pris de l’ampleur.

Note: 8/10

Quantic & Nidia Góngora – Curao

Le duo Will Holland/Nidia Góngora est certainement l’alchimie la plus cool que le monde ait connu. Depuis leur première collaboration en 2009 sur l’album Quantic & His Combo Barbaro, le DJ/producteur/musicien multi-instrumentiste britannique et la chanteuse colombienne, membre du groupe Canalon, font l’incroyable paire jusqu’à maintenant. Il était finalement temps pour un véritable album collaboratif qui paraît enfin cette année du nom de Curao.

Cet opus est composé de 18 titres dont quatre interludes (trois des quatre interludes sont des petits morceaux a cappella de la part de l’exotique Nidia Góngora), Curao permet de capturer toute l’essence de l’alchimie entre les deux où l’on navigue sur la côte pacifique avec quiétude. La rencontre entre la cumbia, la bossa-nova, la salsa et autres musiques folklores colombiennes et les sonorités plus occidentales est au rendez-vous et donne naissance à des moments tropicaux bien juteux à l’image de « E Ye Ye », « Que Me Duele ? » ainsi que le savoureux « Se Lo Vi ».

Il y en a pour tous les goûts, que ce soit les accents dub sur le bien-nommé « Dub del Pacifico » qui aurait pu figurer sur n’importe quel album de Quantic and His Flowering Inferno ou des sonorités électroniques qui planent comme les claviers 8-Bit du très rythmé « Ojos Vicheros » mais aussi « Amor en Francia » sans oublier une prestation a cappella sur le planant et hypnotique « Dios Promete ». Il y a également un côté best-of des meilleures collaborations entre les deux têtes pensantes avec des versions réactualisées de « Un Canto a mi Terra » et de « No Soy del Valle » ainsi que d’anciennes chansons que « Muévelo Negro » et « Ñanguita ».

Quoi de mieux qu’une bande-son qui sent l’exotisme que ce Curao. Quantic et Nidia Góngora font parfaitement la paire et prouvent qu’on peut mélanger musiques traditionnelles latines avec des soupçons de hip-hop et d’electronica sans aucun souci et c’est sans compter sur les maîtres dans la matière.

Note: 8/10

https://open.spotify.com/embed?uri=spotify:album:1FWlRjAwpcQCab5c4KinaJ

Biga* Ranx- 1988

Biga* Ranx est devenu la référence en matière de dubadub à la française, ça tout le monde le sait. Après avoir explosé les compteurs avec son excellent album Nightbird (chroniqué ici), le singjay de Tours a multiplié les tournées ainsi que les collaborations notamment avec Big Red son excellent album Vapor (chroniqué ici). Fort content du virage qu’il a pris sur son dernier album, il décide de passer à la vitesse supérieure avec son nouvel opus 1988 qui devait s’intituler Sniff au départ.

L’année dernière, Biga* Ranx nous a balancé un nouveau morceau « Liquid Sunshine » qui a tourné en boucle sur les ondes de Radio Nova. Produit par Blundetto, ce titre reggae lounge et planant annonçait la couleur de ce quatrième album très personnel et diversifié. Le programmateur de Radio Nova est un des principaux architectes musicales de cet opus car il produit quelques autres perles comme le stepper lounge « Low Grade » ainsi que « French Fries ». Vous ne retrouverez ni Manudigital ni Olo parmi les autres beatmakers mais par contre, on retrouvera son frère Atili Bandalero qui produit le planant « Contrebande » où le tourangeau chante en français sur une instru que n’aurait renié les PNL et compagnie. Hormis cette liste de producteurs, Biga* Ranx assure à lui seul les instrus sous son pseudonyme Telly à l’aide de son synthétiseur OP-1 pour nous concocter des riddims enfumés et oniriques comme « Homegrown » et « Rendez Vous » ou encore « My Face » et « Life Long » qui, eux deux, se rapprochent des débuts du Tourangeau artistiquement parlant.

Comme on a pu le découvrir sur l’album Vapor et, dans une certaine mesure, sur Double Trouble de  la badass Supa Mana (ici), son univers flirte de plus en plus avec la trap et le cloud-rap comme sur le trip en français de « Contrebande » et il aura recours à l’Auto-Tune (qu’on le veuille ou non) sur « Do My Ting » par exemple. Les guests ne sont pas en reste non plus avec le trio qu’on adore détester L.E.J. qui, heureusement, ne chantent que le refrain (curieusement réussi) de « Monday » avec en prime Akhenaton qui ne semble pas très à l’aise dans cet exercice de cloud-digitalmuffin. L’écurie Brigante Records est aussi présente avec le crooner Prendy et le joueur de mélodica Art-X sur le sublime « Tropic Sky » avec le flow ultra-rapide de Ruffian Rugged qui défie la vitesse de la lumière tout comme Big Red aka 9Jared qui est comme un poisson dans l’eau sur l’instru aérienne de Blundetto nommé « Veleda ». On retrouve même du hip-hop pur et dur avec l’apparition d’un certain Bifty sur « Petit Boze » ainsi que sur la conclusion bien punchy résolument 90’s nommée « Lazer Beam ». Y verrait-on une autre transition dans la trajectoire musicale du Tourangeau ?

Il est clair que 1988 s’avère moins ambitieux que Nightbird mais Biga* Ranx continue sur sa lancée en nous envoyant des riddims spatiaux et planants quelque peu mélancoliques. Ajoutant des couleurs cloud rap, trap et vaporwave dans son lounge dub, il continue de creuser son propre sillon afin de démontrer son originalité infaillible.

Note: 7.5/10

https://open.spotify.com/embed?uri=spotify:album:3Y5DUujpmkjIT5Et3laxTT

Atili Bandalero – Cityscape

Toujours aussi invincible dans son domaine, Atili Bandalero continue à gravir les échelons en matière de reggae digital. Le « grand frère » de Biga* Ranx nous a laissé un magnifique et poétique album du nom de Bridge Over Troubled Dreams l’an dernier où Prendy assurait les parties vocales (chroniqué ici) et qui a figuré dans mes tops 2016. A peine que l’on venait de redescendre sur Terre grâce à cet opus, voilà que le beatmaker tourangeau récidive avec un septième (!) album intitulé Cityscape.

Contrairement à Bridge Over Troubled Dreams et à Nightlife avec Joseph Cotton, ce nouvel album comporte beaucoup plus d’invités et n’hésite pas à se rapprocher de Closed Circuit dans ce rayon-là. Et ce n’est pas un hasard si la première voix que l’on entend est celle du légendaire chanteur jamaïcain Cornell Campbell sur le riddim épuré et synthétique de « Lay Down » agrémenté du mélodica d’Art-X. Le vapor dub d’Atili Bandalero reste toujours aussi intact et s’avère plus futuriste et plus rythmé qu’à l’accoutumée avec les tueries stepper de « Bad Sound » et le très enlevé « Cool » chantés par le britannique Speng Bond.

Mais la véritable star de ce Cityscape, en plus des productions frôlant une nouvelle fois la grande classe du beatmaker tourangeau, c’est bien évidemment le rappeur britannique Tenah Bones qui répond à trois reprises sur le planant « Total Recall » qui parle de ses fantômes qui le hantent, sur l’excellent single « Please » où il s’essaie au spoken dub mais aussi sur la conclusion minimaliste « DYG » osant l’Auto-Tune, sans oublier l’espagnol Lasai sur « Open My Eyes » et « My Life ». D’autres moments à soulever sur ce septième opus comme le rub-a-lounge éthéré de « Floating » avec son acolyte Prendy (qui n’aurait pas démérité sa place sur son album précédent) qui contraste aux tunes plus énergiques « Samaritan » avec George Palmer (qui a collaboré avec Manudigital, un autre beatmaker rival de notre hôte), « Roadblock » interprété par Double Tiger du crew Tour de Force ou encore, cerise sur le gâteau, « Travelling Man » conviant les titans Don Camilo et Dapatch pour un son plus que massif !

Artistiquement parlant, Cityscape se situe entre le côté explosif qui en met plein la vue de Closed Circuit et l’aspect poétique de Bridge Over Troubled Dreams mais avec un soupçon de futurisme en plus. Si Atili Bandalero s’avère être à l’aise dans sa zone de confort, on appréciera bien mieux son rub-a-lounge ou vapor dub avec une prise de risques qui n’aurait pas été de refus. Pour le moment, le producteur tourangeau prouve qu’il reste encore l’un des meilleurs et prolifiques de la scène hexagonale.

Note: 8.5/10