Jefre Cantu-Ledesma – On The Echoing Green

On ne saura jamais dans quelle case situer Jefre Cantu-Ledesma tellement il aime changer de casquette musicale. On l’a connu dans sa période ambient avec The Garden of Forking Paths en 2014 suivi de sa période noisy avec A Year With 13 Moons l’année suivante. Le compositeur d’origine argentine et basé à San Francisco s’apprête à flirter avec un nouvel univers musical avec son nouveau disque On The Echoing Green.

Moins bruitiste et agressif qu’auparavant, Jefre Cantu-Ledesma s’aventure dans des territoires shoegaze avec des morceaux plus célestes comme « In A Copse », « Echoing Green » et « The Faun ». Et il n’est pas seul dans cette nouvelle aventure musicale car il a recruté une certaine Paula Garcia à poser sa voix aérienne sur les éthérés « A Song Of Summer » et « Tenderness » mais aussi Zane Morris au piano et Evan Caminiti à la guitare sur l’émouvant « Vulgar Latin » pour plus de sensation.

Après avoir exploré les grandeurs sur « Dancers In The Spring » et « Door To Night », Jefre Cantu-Ledesma prouve qu’il sait changer de registre avec efficacité, la preuve avec On The Echoing Green libéré de toutes contraintes et de toute oppression.

Note: 8/10

Shadow Band – Wilderness Of Love

Voici une autre découverte estampillée Mexican Summer: Shadow Band. Formé il y a peu de temps, le groupe de Philadelphie est mené de main maître par Mike Bruno, ex-leader du groupe The Black Magic Family Band. Après avoir publié une poignée de petites sorties sur leur Bandcamp l’an dernier, voilà qu’ils présentent enfin leur premier opus Wilderness of Love qui mérite qu’on s’attarde dessus.

Amateurs de folk psychédélique solennel et hypnotique, vous serez bien servis sur ce premier opus de Shadow Band qui flirte avec l’intimisme et le mysticisme. C’est une ribambelle de titres planants qui nous attend comme l’ouverture pastoral de « Green Riverside » mais aussi « Shadowland », « Eagle Unseen » et « Indian Summer ». Même si l’ambiance générale tend vers la folk psychédélique des années 1960-1970, Mike Bruno n’hésite pas à ajouter d’autres influences comme le surf sur « Endless Night » et la country sur « Mad John » sans jamais négliger ses arrangements mystiques à base de flûte traversière, de percussions minimalistes et même de thérémin.

Une quiétude s’installe à travers cet opus intrigant et on tend à prendre notre pied sur les délices comme « Darksiders’ Blues » et le final « Daylight ». Wilderness of Love de Shadow Band saura calmer les mœurs avec leur folk éthérée qui scintille comme une lumière lointaine dans un univers très obscur.

Note: 8.5/10

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TONSTARTSSBANDHT – Sorcerer

Personne n’avait entendu parler de TONSSTARTSBANDHT jusqu’à maintenant. Et pour cause, le duo indie rock de Floride avait publié 16 albums depuis leurs débuts en 2008. Il faudra attendre neuf ans plus tard pour que le super-label Mexican Summer mette la main dessus et les signe sur le champ pour que les frères Edwin et Andy White se fassent un peu plus entendre en publiant dans la foulée leur 17ème album intitulé Sorcerer.

Composé de 3 titres qui dépassent les 9 minutes, c’est l’occasion de faire connaissance avec l’univers musical de TONSSTARTSBANDHT qui se partage entre indie rock acide, blues, krautrock et rock psychédélique. Et autant vous dire que les trois morceaux que composent ce Sorcerer sont sacrément solennels comme l’introduction hallucinogène aux saveurs 60’s de 11 minutes intitulée « Breathe » où on se laisse emporter par ces arrangements enfumés et ensorcelants soutenus par le chant hypnotique des frères. Il en est de même pour l’excellent morceau-titre ne durant que 9 minutes avant d’enfoncer le clou avec le final « Opening » partagé entre douceur et brutalité, mélodique et chaotique sans aucun temps mort.

Nul doute qu’avec Sorcerer, les frères White prendront un peu plus d’ampleur face à la scène rock psychédélique moderne de plus en plus concentrée. Leur krautrock psychédélique et acide fera planer plus d’un et on réclame une dose supplémentaire.

Note: 8.5/10

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Weyes Blood – Front Row Sea To Earth

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Plus besoin de rajouter quoi que ce soit sur Weyes Blood. L’ex-guitariste du groupe de noise rock Jackie O Motherfucker en a accompli du chemin avec sa carrière solo et elle a de quoi être fière. Elle a publié un très beau premier album The Innocents en 2014 (chroniqué ici) et un EP de 4 titres inédit nommé Cardamom Times l’année suivante (chroniqué ici) et à chaque sortie, elle intriguait et hypnotisait grâce à sa musique folk gothique réminiscente des années 1960-1970 et sa voix de contralto absolument touchante. La femme fatale de la scène indie folk américaine en rajoute une couche avec son second opus Front Row Sea To Earth où elle pousse le vice un peu plus loin.

On sait d’avance qu’on allait être conquis avec cette nouvelle trouvaille vu que l’on connaît son univers. Mais chut, la messe commence avec « Diary » qui comprend des notes de piano cristallines et ses notes de harpe qui complètent ce tableau harmonieux donc prêtez attention aux instrumentations plus ambitieuses et plus définies qu’à l’accoutumée, à l’image de « Used To Be » par exemple faisant intervenir le piano et l’orgue Hammond. Maintenant que l’on prête attention à ce nouveau disque, c’est parti pour un défilé de chansons aussi bouleversantes les unes après les autres, à l’image du poignant « Do You Need My Love » (où on a envie de lui répondre oui) ou encore la pièce maîtresse de l’opus qu’est « Generation Why » avec ses notes de guitare malicieusement pincées qui est une critique acerbe de la génération Y et des effets néfastes des réseaux sociaux sur la société. Le thème est peut-être du déjà entendu mais comme c’est Weyes Blood, le message paraît plus efficace et plus réaliste.

C’est avec cette chanson que Front Row Sea To Earth prend tout son sens. L’artiste new-yorkaise ne se contente pas de faire du folk des décennies passées mais préfère adhérer dans une continuation issue de successions intergénérationnelles. Et elle n’a pas froid aux yeux lorsqu’il s’agit de sortir des sentiers battus, notamment sur « Can’t Go Home » qui est tout simplement constitué d’une chorale faite de sa propre voix samplée, tout ça pour nous émouvoir à nouveau. Et elle réussit dans ce registre, surtout à côté des ritournelles folk plus conventionnelles de « Be Free », « Seven Words » ou encore « Away Above » qui se révèlent à cours d’écoutes répétées. Sa magie reste infaillible.

Avec l’aide de Chris Cohen à la production, Weyes Blood impressionne une troisième fois mais elle fait preuve d’une meilleure maîtrise dans son univers musical. Front Row Sea To Earth est tout simplement une grande messe de folk intemporel où la prêtresse new-yorkaise balance vérités sur vérités concernant les relations amoureuses complexes, la difficulté à trouver sa place dans le monde et une génération vouée à l’échec mais le fait avec une grande classe en mettant en avant le côté lyrique qui lui sied à merveille. Pas pour rien que son troisième opus soit son meilleur et un des meilleurs de cet automne.

Note: 9/10

Allah-Las – Calico Review

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Un septembre sur deux, Allah-Las est toujours au rendez-vous et ce depuis 2012. C’est un peu injuste pour nous car on aurait voulu profiter de leur musique envoûtante et estivale en début d’été mais bon, on ne peut pas tout avoir. Le quatuor californien baigné dans le rock des 60’s continue sa lancée avec un troisième album Calico Review dans la lignée de ses prédécesseurs, à une petite exception près.

Après deux albums publiés chez Innovative Leisure, Allah-Las a signé chez l’excellent label Mexican Summer. Cela a-t-il eu un impact dans la musique des californiens ? Pas tout à fait, ils restent fidèles à leur style surf-rock’n’roll psychédélique et Calico Review ne déroge pas à la règle. Toujours aussi exotique et nonchalant, on prendra plaisir à planer aux sons estivaux de « Strange Bird », « Satisfied » et autres « High & Dry » très Beatlesienne avec ses voix harmonieuses, ses guitares en cascade et sa section rythme bien pépère comme il se doit. Les ombres de Jefferson Airplane, The Brian Jonestown Massacre et autres Beach Boys planent une troisième opus à travers cet opus notamment sur « Mausoleum », « Roadside Memorial » et la bonne bouffée d’air frais qu’est « 200 South La Brea ».

A l’instar de ses prédécesseurs, Calico Review est remarquable pour son homogénéité malgré de bonnes petites surprises comme « High & Dry » s’imposant comme la plus entraînante de l’opus, mais aussi le psychédélisme étonnant d' »Autumn Dawn » avec son riff de clavecin bien vintage et entêtant, la ballade acoustique reposante de « Famous Phone Figure » taclant les pseudo-célébrités utilisant Snapchat sans oublier le riff fuzzy sympathique de « Warmed Kippers ». Et encore une fois, Allah-Las nous épate sur ce troisième opus et c’est tout ce qu’on demandait de leur part.

Beaucoup iront reprocher au quatuor californien de s’être reposé sur leurs lauriers mais ils auront le mérite de faire durer plus longtemps la saison estivale grâce à leurs compositions paradisiaques et aériennes sentant bon la Californie notamment le sublime « Terra Ignota » et la conclusion teintée d’une légère mélancolie qu’est « A Place In The Sun ». Vivement septembre 2018 pour leur quatrième album !

Note: 7.5/10

PILL – Convenience

MEX214-Cover-ThumbnailQuand je vous disais que Brooklyn est la place où de nouveaux groupes se forment, je ne plaisantais pas. Et cette année, je vous présente donc PILL. C’est un quatuor composé de Veronica Torres, Andrew Spalding, Benjamin Jaffe et Jonathan Campolo flirtant entre post-punk, art-punk et no-wave. Après deux EPs publiés l’année dernière et une signature sur le prestigieux label Mexican Summer (ils étaient signés sur le label Dull Tools, créé par Andrew Savage de Parquet Courts), il est temps pour nos new-yorkais de faire ses preuves avec Convenience, leur premier album officiel.

Après « 60 Sec. » de cris et de hululements lancés par Veronica Torres sous fond de distorsions de guitare bien bruyants, PILL envoie la sauce avec des titres aussi bien costauds qu’hypnotiques comme « Which Is True ? », « My Rights » et « Fetish Queen ». La recette fétiche du quatuor, c’est un chant habité flirtant avec le spoken-word de Torres, des riffs de guitare stridents, une section rythmique bien catchy sans oublier bien sur son saxophone malsain et ça fait son effet sur l’instrumental inquiétant et quelque peu bordélique de « Sex With Santa ».

Il est difficile de ne pas écouter ce Convenience sans faire ce malheureux jeu du « devine les principales influences du groupe ». Il est vrai que l’on entend du Sleater-Kinney sur le noisy « 100% Cute » et « Vagabond », du Sonic Youth sur le hanté « Dead Boys », du surf-rock sur l’entêtant « Medicine », du free-jazz sur « Love & Other Liquids » ou se lance dans un trip expérimental comme en témoigne le titre minimaliste « J-E-N-O-V-A » faisant froid dans le dos. Mais ce qui fait aussi la force de Convenience, ce sont les textes engagés et politiques de Veronica Torres et n’hésite pas à toucher un mot sur le harcèlement sexuel (l’étonnante pause acoustique de « Speaking Up »), les critiques gouvernementales (« My Rights ») mais également des hymnes féministes (« Fetish Queen »), le tout avec une bonne pointe d’humour noir.

Pour une première entrée en matière, c’est une sacrée entière en matière, je vous le confirme. Convenience prouve que PILL sait toucher différents genres musicaux (post-punk, surf-rock, noise, free-jazz, etc…) pour en faire un cocktail explosif. Assurément un des nouveaux groupes de punk new-yorkais les plus originaux du moment et ce sans prescription.

Note: 8.5/10

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Quilt – Plaza

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Le principal pilier du label Mexican Summer, c’est bel et bien Quilt. Bien qu’ils soient sur le circuit depuis 2011 avec leur premier album éponyme, le groupe de folk psychédélique venu de Boston a fracassé le game avec un second album Held In Splendor deux ans plus tôt. Avec des joyaux comme « Arctic Shark » et « Tie Up The Tides », il y avait de quoi être séduits par les compositions sentant bon la pop des sixties et le rock psychédélique (on pense fort aux Zombies et à The Mamas & The Papas entre autres) aussi bien foutraque qu’attachant. Suite à leur longue tournée de 2014, le quatuor n’avait envie que d’une chose: reprendre le chemin du studio pour donner une suite à Held In Splendor. Et cette suite se nomme Plaza.

Anna Fox Rochinski (chant, guitare), Shane Butler (chant, guitare), John Andrews (chant, batterie) et le nouveau venu Keven Lareau (basse) sont de retour pour de nouvelles aventures divisées en dix chansons. Et on sent clairement la différence entre Held In Splendor et Plaza. Les nouvelles compositions sont plus abouties et plus maîtrisées avec un travail remarquable à la production (merci Jarvis Tarveniere une nouvelle fois) où les orchestrations sont plus étoffées, la section rythmique mise à l’avant. Notamment sur le titre d’ouverture harmonieux « Passersby » chanté par Anna qui est soutenu par des arpèges de guitare hypnotisants et des cordes frémissantes. Il est suivi des titres plus catchy « Roller », « O’Connor’s Barn » ou encore le très réussi « Hissing My Plea » aux allures bien funky entre St. Vincent et Funkadelic avec toujours Anna au chant.

Mais il n’y a pas qu’elle, il y a aussi Shane Butler qui a son mot à dire sur Plaza. Comme son acolyte, il réussit à varier les genres tout en restant fluide et professionnel, allant du punchy et électrique « Searching For » à la ballade folk attendrissante et pastorale « Eliot St. ». Sans oublier bien sûr la sublime « Pandova » traitant de la disparition de la mère de Shane qui brille pour sa composition dépouillée basée sur des percussions, des arpèges acoustiques et des magiques notes de harpe. Tout simplement magnifique. Comme sur le final tendu « Your Ways » aux allures de western sans oublier sa montée en puissance explosive et magistrale qui vient clore Plaza de toute beauté. Et puis il y a John Andrews qui avait signé un album solo l’an dernier (et qui est chroniqué ici) et ne chante un titre qu’est la ballade nocturne « Something There » résolument envoûtant.

Voilà donc pour Plaza qui est à ce jour le meilleur album de Quilt mais aussi un des albums les plus marquants de ce début d’année. Le quatuor ne se contente plus de rendre hommage aux sixties comme ils avaient l’habitude d’en faire sur leurs deux premiers albums mais se sent désormais libre de s’ouvrir à toutes possibilités. Venant d’une école d’arts, le groupe nous a donné une vraie leçon d’art, pour de vrai. Quilt est dans la plaza et pour un bon bout de temps.

Note: 10/10