L’Rain – Fatigue

En 2017, L’Rain avait débarqué sur la scène musicale avec un premier album détonnant mais passé quasiment inaperçu étrangement. Il n’empêche que la musicienne de Brooklyn nommée Taja Cheek possède un sacré univers musical qui ne laissera personne indifférent, surtout pas pour son successeur intitulé Fatigue paru quatre ans plus tôt.

Ici, L’Rain nous offre une méditation colossale sur son propre monde résolument épuisé. Elle nous embarque ainsi dans une autre dimension musicale pour la moins intense et hybride où s’entrechoquent noise, R&B, jazz, pop psychédélique et musique avant-gardiste sur « Find It » qui démarre cette introspection après l’introduction bien étrange nommée « Fly, Die » où la voix de Quinton Brock retentit en nous posant la question: « What have you done to change ? ».

Tel est le motto de ce Fatigue où ce périple musical spirituel et viscéral nous pousse à transformer ce relent de colère, de désillusion, de regrets et de craintes en une dose d’espoir et de bonheur. Et ce chemin est tortueux mais L’Rain l’a parfaitement compris. C’est en élargissant sa palette musicale hybride et volontairement éclatée qu’elle réussit cette thérapie violente et nécessaire avec des morceaux courts tels que le jeu de fingerpicking somptueux « Blame Me » (avec Jon Bap et Anna Wise aux chœurs) et « Suck Teeth » notables pour leur beauté des arrangements mais aussi les recoins jazzy de « Two Faces » et le ténébreux « Find It » qui prendra un chemin plus gospel et plus funeste où elle se remémore les différents enterrements de ses proches auxquels elle a assisté.

S’achevant sur un « Take Two » tempêtueux qui ira exorciser une énième fois ses tourments, L’Rain nous offre un voyage musical complexe et expérimental mais ô combien thérapeutique. Avec Fatigue, la musicienne expérimentale de Brooklyn conciliera field recordings et différentes influences musicales pour mieux asseoir ses propos afin de proposer un incroyable disque spirituel se questionnant sur la nature humaine qui devient inquiétante au fil du temps.

Note: 9/10