Balmorhea – Clear Language

Balmorhea n’a peut-être pas la réputation estimée mais ils savent emporter ses auditeurs comme il se doit. Le duo originaire d’Austin qui mélange post-rock et neo-classique a disparu de la circulation après leur cinquième opus Stranger en 2012 mais fort heureusement, ils signent leur grand retour avec le magnifique Clear Language.

En cas de moments pénibles et bien perturbants, Balmorhea est là pour nous réconforter avec leur musique instrumentale planante et riche en émotions. Rob Lowe et Michael Muller veulent revenir aux bases de leur musique tout en ajoutant de nouveaux instruments qu’elles soient analogiques ou organiques. Au final, Clear Language coule de source avec des titres reposants et aériens allant de « Sky Could Undress » à « All Flowers » en passant par les plus langoureux « Slow Stone » avec son solo de trompette joué par Ephraim Owens, « Ecco » ou même « Waiting Itself » montrant un duo texan encore plus à l’aise qu’auparavant.

Rappelant aussi bien Tortoise que Slint mais aussi Arvo Part, Balmorhea est à son aise avec ce Clear Language qui nous donne envie de se déconnecter du monde réel, le temps de savourer cette oeuvre céleste comme on en fait plus.

Note: 8/10

Sylvain Chauveau – Post Everything

Tiens, revoilà Sylvain Chauveau. Avec ses deux albums plutôt impressionnants que sont Kogetsudai en 2013 et How To Live In Small Spaces en 2015, le compositeur nous a promis un troisième opus pour clôturer sa trilogie pour le label Brocoli. Chose promise, chose due avec ce nouvel opus intitulé Post-Everything.

Le premier morceau du disque se nomme « Find What You Love And Let It Kill You » et pendant ces 12 minutes, on se laisse hypnotiser par les ambiances drone totalement hypnotiques tandis que la voix de Sylvain Chauveau nous berce avant de laisser place à des courts morceaux reposants mais mélancoliques à l’image de « A Morning Rain », « On The Influence Of Planetary Attraction » où la voix du bonhomme se fait filtrée mais également « Into Eternity ». Avec l’aide de Myriam Pruvot de Monte Isola et/ou de Chantal Acda pour les accompagnements vocaux, il nous emporte totalement sur ce voyage renversant qu’est ce Post-Everything.

Comptant également des reprises de Lykke Li que sont le mythique « I Follow Rivers » et « No Rest For The Wicked », Sylvain Chauveau gâte son auditeur à base de morceaux joués à la guitare ou à l’harmonium sans oublier ceux à base de sonorités électroniques (grésillements et autres loops) avec des chœurs féminins et des trompettes à l’appui pour une conclusion à la trilogie pop plus que réussie.

Note: 8/10

Ending Satellites – The Lost Tapes, Vol. B

Ending Satellites est le nom du side-project de Damien Dufour qui va au-delà de la musique. En effet, c’est un projet où la musique, la photographie et le court-métrage vont de pair. On a vu ce que cela a donné avec The Lost Tapes en 2014 et bien voici la suite trois ans plus tard.

Composé de sept morceaux, Ending Satellites nous emmène dans un espèce road movie où l’on voit différents paysages défiler sous nos yeux ou sous nos oreilles. Avec comme principales influences Mogwai, The Chameleons ou encore Noveller, le musicien multi-instrumentiste nous fascine avec ses compositions post-rock instrumentales épiques et totalement cinématographiques allant de « 216 BPM On A Highway » à « While You Are Here », en passant par les élégants « 1969 », « Miss and Mrs Young » ainsi que « A Place We Call Home » où les guitares rugissent aux côtés des sonorités électroniques raffinées. Cette seconde partie de The Lost Tapes est à la portée de tout le monde et il suffit juste de fermer les yeux et de se laisser emporter.

Note: 8/10

Godspeed You ! Black Emperor – Luciferian Towers

Revenu d’entre les morts en 2012 avec leur désormais mythique Allelujah ! Don’t Bend ! Ascend qui surpasse leur chef-d’oeuvre Lift Your Skinny Fists Like Antennas To Heaven en 2000 (oui, je l’ai dit et j’assume), Godspeed You ! Black Emperor a décidé de reprendre les rênes du post-rock. Le légendaire groupe canadien a par la suite paru leur successeur Asunder, Sweet and Other Distress à la hauteur de leur réputation et c’est ainsi qu’ils ont décidé de donner un peu de lumière à leur musique sur leur nouvel album Luciferian Towers.

Même si le ton se veut alarmiste et politique (un peu comme sur leurs prédécesseurs), Godspeed You ! Black Emperor décide d’afficher un visage plus optimiste cette fois-ci. Les ambiances apocalyptiques dans leur musique cinématographique sont bien entendu présents mais une espèce de luminosité habillent les compositions denses et majestueuses de « Undoing A Luciferian Tower » où on se laisse hypnotiser par de changement d’accord pendant 7 minutes. Notons également la mesure en 7/4 de « Fam/Famine » avec son jeu de violon quasi-réminiscent d’Allelujah ! Don’t Bend ! Ascend sans les drones.

Comme à son habitude, le combo montréalais arrive à nous procurer des frissons avec des épopées divisées en trois parties avec ici « Bosses Hang » avec un début lumineux et sa construction ternaire avant que les guitares ténébreux rentrent en action pour un crescendo cataclysmique interrompu avant un retour à la case départ. « Anthem For No State », quant à elle, est sans conteste la pièce la plus sombre et désenchantée de l’opus c’est-à-dire du Godspeed grandiloquent mettant en avant son côté engagé et anticapitaliste comme à ses grandes heures. C’est sur, ça ne rivalise pas avec leurs plus grands standards mais qu’importe, le groupe est spécialiste en cette matière.

Une fois n’est pas coutume, Godspeed You ! Black Emperor nous offre une oeuvre de post-rock taillée sur mesure qu’est Luciferian Towers toujours aussi cohérent et dense. Même si il n’atteindra pas le niveau de leurs précédents chefs-d’oeuvre en raison de leur petit manque de furie, il parvient à se démarquer pour un son plus optimiste, ce qui est ironique par rapport à la situation mondiale qui ne fait que s’aggraver chaque jour qui passe.

Note: 8.5/10

Public Service Broadcasting – Every Valley

Chaque album de Public Service Broadcasting est consacré à un thème particulier. On a revisité la seconde guerre mondiale en musique avec Inform, Educate, Entertain en 2013 et on est parti dans l’espace avec eux sur leur second album The Race For Space deux ans plus tard. Et bien devinez quoi, le groupe britannique a décidé de changer de thème pour leur troisième opus intitulé Every Valley où le trio londonien décide d’explorer les profondeurs des mines de charbon. On parie qu’ils réussiront à nous épater sur leur nouvelle livraison ?

J. Willgoose, Esq., Wrigglesworth et J F Abraham ne perdent pas de temps avec leur art-rock cinématographique et nous mettent plein les oreilles dès le départ avec l’introduction magistrale et grandiloquente guidée par les guitares acoustiques, les cordes et la voix de l’acteur Richard Burton, issue d’une vieille interview, qui nous parle de sa fascination pour le monde minier. Il est suivi de près par « The Pit » où musicalement parlant, on se rapproche plus de l’univers du trio par rapport au morceau précédent ou encore « People Will Always Need Coal » avec son son de guitare si particulier et son sample d’une vieille pub pour promouvoir les bien-faits de travailler dans les mines.

Entre temps, la musique si cinématographique de Public Service Broadcasting requiert certaines participations vocales comme Tracyanne Campbell de Camera Obscura sur le très Kraftwerkien « Progress » sans oublier James Dean Bradfield de Manic Street Preachers sur l’excellent « Turn No More » et la sublime voix de la galloise Lisa Jên Brown sur la ballade « You + Me » où elle est rejointe par J. Willgoose, Esq. pour un moment aérien. On note également la participation du trio instrumental Haiku Salut sur les orchestrations incroyables de « They Gave Me Lump » où les cordes et les cuivres sont de sortie qui fait suite au très lourd et sombre « All Out » qui a de quoi rappeler le travail cinématique de Mogwai. Toute cette symphonie centrée autour du monde minier se clôt sur un magnifique chant de cygne nommé « Take Me Home » où une chorale galloise se charge de nous accompagner vers la sortie.

Une fois n’est pas coutume, Public Service Broadcasting se surpasse une fois de plus avec une bande-son intrigante mais ô combien humaine avec ce Every Valley. Le trio londonien réussit à rendre un thème banal complètement intrigant et renversant. Quand il s’agit d’exercice de style, ils seront toujours les premiers.

Note: 9/10

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Oiseaux-Tempête – AL-‘AN

Le groupe Oiseaux-Tempête s’est fait connaître avec leurs deux albums faisant l’éloge de la Méditerranée avec un premier album en 2012 rendant hommage à la Grèce et Ütopiya en 2015 rendant hommage à la Sicile et à la Turquie. C’est donc pas un hasard qu’ils décident de clore leur trilogie avec un nouvel album intitulé AL-‘AN où ils font un arrêt au Liban.

Et très vite, on a affaire à un voyage cérébral des plus étourdissants dans la capitale de Beyrouth où le groupe nous entraîne dans leur post-rock massif et peu accessible. En effet, on arrive à capter l’ambiance générale de la ville qui traverse une période sombre de son histoire politiquement et socialement parlant à travers des lentes progressions musicales qui font froid dans le dos comme « Bab Sharqi », « Feu aux Frontières » ou encore « Our Mind Is A Sponge, Our Heart Is A Stream ».

Avec l’aide de Sylvain Joasson de Mendelson et de Mondkopf, les deux têtes pensantes que sont Frédéric D. Oberland et Stéphane Peigneul arrivent à peindre un Beyrouth sombrant dans le chaos avec le rude « Baalshamin » durant 7 minutes, les élans jazzy de « The Offering » ou encore le tragique « Ya Layl, Ya 3aynaki (Ô Nuit, Ô Tes Yeux) ». Ils font également intervenir le chanteur local Tamer Abu Ghazaleh pour un moment de contemplation qu’est le bouleversant « I Don’t Know, What Or Why (Mish Aaref Eish W Leish) » ou encore le britannique G.W.Sok du groupe The Ex pour un moment de spoken-word solennel nommé « Through The Speech Of Stars », monument de 17 minutes où on alterne destruction/reconstruction, accalmie/beau temps en fonction du climat musical changeant sans cesse.

Avec AL-‘AN, Oiseaux-Tempête clôt avec maestria leur trilogie hommage à la Méditerranée. Même si il paraît difficile d’accès aux premiers abords, cela permet justement au groupe de maîtriser parfaitement leur sujet et d’apporter leur version de leur destination afin de donner un résultat précis et fascinant.

Note: 7/10

Grails – Chalice Hymnal

Grails avait marqué un grand coup avec leur album Deep Politics en 2011. Le groupe de Portland est là depuis 2000 et possède une discographie en béton. Il aura fallu de quelques années d’absence pour que les membres puissent s’épanouir dans leurs projets personnels avant de revenir au top avec un neuvième album intitulé Chalice Hymnal qui synthétise parfaitement le style du groupe.

Dès le départ, nous voilà introduits dans un univers parallèle où l’on imagine se promener dans une ville déserte et hantée. Grails sont les experts en la matière lorsqu’il s’agit d’implanter des ambiances cinématographiques comme sur « Pelham », « Rebecca » et autres « Deeper Politics » plus jazzy en superposant des guitares, des claviers et autres instruments pour présenter leur nouvelle bande-originale.

Entre post-rock, lounge, musique progressive et trip-hop, le groupe américain affiche tout de moins une sensibilité plus apaisée que dans leurs précédentes œuvres. On y voit aussi une tentative à s’ouvrir à d’autres couleurs musicales comme sur « Tough Guy » qui va lorgner vers le hip-hop ainsi que des sonorités krautrock cosmique avec « Deep Snow II » et « The Moth & The Flame ». Chalice Hymnal se clôture avec le trip mental saisissant de « After The Funeral » captant toute l’essence de Grails de nous emporter avec leur musique cérébrale et intelligente.

Note: 7.5/10