
Si il y a un retour que j’attendais avec impatience, c’est bel et bien celui de Tortoise. Il faut dire que le légendaire groupe originaire de Chicago n’avait pas donné signe de vie depuis leur The Catastrophist qui n’a pas été à la hauteur des attentes il y a moins d’une décennie maintenant (chroniqué ici) et suite à cela, les membres vaquaient à leurs occupations notamment John McEntire et Jeff Parker qui ont connu de très belles parenthèses solo. Mais trêve d’impatience car les voici de retour en chair et en os avec leur successeur intitulé Touch.
Pour ce premier album en une décennie, Tortoise décide de s’offrir un renouveau. C’est en quittant leur écurie de toujours qu’est Thrill Jockey pour aller signer chez International Anthem que le groupe de Chicago viendra de nouveau s’imposer à travers ces dix nouveaux titres instrumentaux où l’atmosphère est roi. Démarrant en trombe avec le très électrique « Vexations », le quintette mettra en vedette une ligne de basse Guery et ses rythmiques hypnotiques qui s’accordent avec ces guitares aussi twangy que western nous faisant avancer dans ce brouillard avant de laisser place à un riff de clavinet viendra prendre de l’ampleur tandis que les arrangements se font plus étoffés avec ces guitares et claviers qui se déchaînent avant de revenir au calme plat.
Une chose est sûre, c’est que Tortoise redéfinit leurs codes du post-rock où les rythmiques et les textures se font plus compacts et plus immersifs que jamais. Possédant toujours cette science infuse, Touch poursuit dans cette voie avec le groove ensorcelant de « Works and Days » avant que les claviers étincelants viendront enfoncer le clou mais également la motorik plus glaciale de « Elka » avant de virevolter vers des courants IDM ou l’exotica minimaliste de « Promenade à deux » avant que les guitares et les percussions rentrent dans la danse pour un résultat exaltant. La face B n’est pas en reste car le quintette de Chicago continue de repousser les limites de leur créativité labyrinthique avec les variations de tempo ensorcelants de « Axial Seamount » ayant de quoi faire penser à Neu! qui se mettrait au nu-jazz mais également la montée en puissance émotionnelle de « A Title Comes ».
Peu importe si ils jouent avec les rythmes et les tempos comme le jazz-rock enivrant de « Oganesson » ou qu’ils installent des paysages sonores où les brouillages se dissipent sur « Rated OG » et sur la conclusion étrangement chaleureuse mais dramatique qu’est « Night Gang », le post-rock de Tortoise atteint de nouveau des sommets avec cette association de nombreuses architectures sonores qui réussiront à nous en faire voir de toutes les couleurs comme auparavant. Touch permettra au groupe de Chicago de revisiter son classisme pour un résultat absolument passionnant et immersif.
Note: 8.5/10
