Guts – Philantropiques

Il aura fallu d’un Hip Hop After All en 2014 pour que Guts tutoie enfin les sommets. On avait laissé le beatmaker, ex-Alliance Ethnik, avec un Eternal trois années plus tard témoignant de sa production toujours aussi versatile et colorée (chroniqué ici). De l’eau a coulé sous les ponts et le voici de retour avec un tout nouveau projet intitulé Philantropiques.

Maintenant qu’il a acquiert une certaine notoriété, le fondateur du label Pura Vida Sounds (qui est une subdivision de chez Heavenly Sweetness) a décidé d’élargir son spectre musical. S’éloignant du courant beatmaking pur et dur, il s’improvise comme chef-d’orchestre sur Philantropiques où il est accompagné désormais d’un live band qui se veut être un carrefour musical de toutes les influences du monde. Il suffit d’écouter le premier morceau poétique « Voyaging Bird » de 7 minutes conviant le musicien multi-instrumentiste haïtien Jowee Omicil pour se rendre compte que Guts possède un amour infini pour la world music et ce nouveau disque est placé sous le signe de l’Afrique et des Caraïbes.

Et on n’est pas au bout de nos surprises car les prestigieux invités tirent leur épingle du jeu face à ces compositions chaleureuses et dansantes venues d’ailleurs que nous concocte le beatmaker. Que ce soit l’angolais Zum Zum sur la semba ensoleillée de « Mucagiami » ou même la chanteuse jazz brésilienne Catia Werneck sur « Já Não Há Mais Paz » faisant un détour vers Rio de Janeiro en passant par le légendaire tandem brésilien Pinduca et Nazaré Pereira qui illuminent « Nosso Carimbó é do Mundo », Philantropiques est une invitation à la fête et à faire le tour du monde suite à ces Beach Diggin » que Guts nous concoctait auprès de son associé Mambo. Bien évidemment, on retrouve des guests on ne peut plus connu comme le duo Djeudjoah & Lieutenant Nicholson sur le groove fiévreux de « Groove Ma Poule » ou bien même Pat Kalla sur l’afro-disco nommé « Daddy Sweet » où cela sonnerait presque comme un inédit de Voilaaa mais impossible de ne pas bouger aux rythmes afro-tropicaux de « Li Dous Konsa », le sample vocal afro hypnotique de « Kenké Corner » et les airs afrobeat de « Bougé Bagay La » tout comme le plus funky « Shake It and Rise Up ».

Après treize pépites dansants, la fin de Philantropiques se fait plus nostalgique avec un « Penda » plutôt smooth conviant la chanteuse montpelliéraine d’origine centrafricaine Emma Lamadji et l’artiste pop-folk burkinabé Kandy Guira ainsi que l’épique conclusion de 12 minutes nommée « Dans la vie, j’aime » avec une Amanda Rolman qui joue le rôle de la conteuse. On est bien loin du beatmaking pur et dur des débuts avec ce Philantropiques et il est clair que Guts a décidé de rendre sa musique plus authentique qu’auparavant. Résolument afro-tropical et jazzy dans le fond, ce nouveau disque est une histoire de rencontres et de collaborations entre l’Afrique et les Caraïbes où les cuivres, vibraphones, guitares, flûtes et autres instruments traditionnelles ont leur mot à dire.

Note: 8/10