Bleu Reine – La Saison Fantôme

Je pense que tout a été dit au sujet de Bleu Reine. Inutile de rappeler ses faits d’arme musicaux qui auront eu un impact sur la scène underground parisienne. La musicienne que l’on suit avec attention n’a laissé personne indifférent avec son univers clair-obscur qui atteindra le sommet avec l’arrivée de son premier album événement intitulé La Saison Fantôme.

S’ouvrant sur un « Sighisoara » des plus bouleversants, l’univers mystique de Bleu Reine réussit à nous happer dès les premières notes. Léa Lotz, de son vrai nom, arrive à brouiller les pistes entre dream-pop, indie folk et slowcore tandis qu’elle se livre à travers des contes surréalistes mais empreints d’introspection et de vulnérabilité à l’image de « Un visage sur un nom » qui est un manifeste sur le rapport au corps et de « Comme un seul homme » des plus lancinants.

Beaucoup de spectres musicaux planent tout au long de ce périple musical intense et hors du commun. Impossible de ne pas penser aussi bien à des héroïnes telles que Marie Laforêt, PJ Harvey ou encore Liz Harris (Grouper) que des poètes renommés à l’image de Dominique A et de feu Alain Bashung permettant à Bleu Reine de s’exprimer et de s’extirper de cette vie routinière afin de puiser dans son soi le plus profond. Il en résulte ainsi des compositions contemplatives et ésotériques telles que « Belle qui tiens ma vie » comprenant l’intervention de Léa Jacta Est à la beauté désarmante ainsi que le hanté « Pâle lumière » sans oublier les relents psychédéliques de « L’eau qui dort ». Et n’oublions pas non plus les apports de la divine Lonny sur la complainte à la fois lumineuse et ténébreuse du nom de « Lorelei ».

Alternant passages oniriques avec « Automne Orage » et crescendo frémissant sur « Les Braises », La Saison Fantôme est un premier essai aussi bien intense qu’époustouflant de la part de Bleu Reine. En y injectant une dose autobiographique, ce disque à la fois hanté et enchanteur suffira pour accompagner ce dernier mois de l’année tout en nous réconfortant face au contexte actuel bien anxiogène.

Note: 8.5/10