Laetitia Sadier – Rooting For Love

Inutile de rappeler les faits d’arme de Stereolab ainsi que de Laetitia Sadier et de Tim Gane. Après leur récente tournée européenne, le légendaire groupe a conquis de nouveau les cœurs des fans nostalgiques (au même titre que Pavement) mais ne comptez pas pour un nouvel album pour autant. Chacun vaque à ses occupations et Laetitia Sadier l’a très bien compris. La toujours aussi charismatique signe son grand retour en solo avec un nouvel album nommé Rooting For Love mettant un terme à un silence radio de six ans.

Démarrant en trombe avec un « Who + Why » aux allures trip-hop, Laetitia Sadier affiche clairement ses ambitions. Tout en déplorant le contexte sociopolitique bien anxiogène et le capitalisme qui n’en finit pas de faire des ravages, la leader charismatique de Stereolab (que l’on a longtemps qualifié, à tort ou à raison, de « pop marxiste ») prône l’amour, la solidarité et ce besoin de prendre soin de soi et de son prochain pour faire changer les choses derrière ces arrangements organiques (orgue, synthés, trombone, vibraphone, boîte à rythme…) et ces chœurs (assurés entre autres par Marie Merlet). Rooting For Love, qui est inspiré de la philosophie de Zen Shiatsu poursuit dans cette voie à travers des moments chaleureux et organiques tels que « Protéïformunité » avec son coda très Stereolab dans l’âme et « Don’t Forget You’re Mine » (écrit par Véronique Vincent d’Aksak Maboul) à mi-chemin entre pop 60’s et lounge music qu’elle perfectionne toujours autant où elle dépeint le féminisme et l’emprise psychologique (« A good slap is what you need, a good is what you want/Take that take that/Get up, get up, babe », chante-t-elle).

Soutenue par les claviers de Nina Savary ainsi que par les rythmiques chaloupées menées par les baguettes d’Emmanuel Mario, ce Rooting For Love reste une magnifique thérapie humaine. En ce sens, Laetitia Sadier ne s’éloigne pas de ses influences qui l’ont toujours autant forgé mais avec une légère dose de modernité. C’est notamment le cas lors des écoutes de l’ambiance hitchcockienne de « Une Autre Attente » où l’on aurait imaginé sur Margerine Eclipse ou bien même de la pop spatiale de « Panser l’Inacceptable » rappelle l’ambiance de Mars Audiac Quintet. On pensera également aux influences jazz de l’onirique « La Nageuse Nue » aux douces intonations dignes de Laurie Anderson qui nous fait énormément penser à leurs chefs-d’œuvre que sont Emperor Tomato Ketchup et Dots and Loops mais la leader de Stereolab sait élargir ses horizons pour appuyer ses propos. « The Inner Smile » avec cette flûte ensorcelante possède quelque chose de Neu! et de Can des débuts mais en plus kosmische tandis que « The Dash » fait penser à du Beatles qui se lancerait dans la lounge-pop ou encore le spectre d’Echo & The Bunnymen qui plane sur « New Moon ».

Un vibraphone retentit sur « Cloud 6 » qui s’annonce plus lancinant. Ici, Laetitia Sadier fait triompher l’amour et ne se laisse pas berner par cette société capitaliste et ses travers sur notre civilisation tout au long avant d’afficher une facette beaucoup plus rebelle et acerbe tandis que l’intensité grimpe afin de nous faire frissonner jusqu’à ce qu’elle clame: « I’m not fucking around, you’re halfway dead ». On peut considérer ceci comme un parfait mic drop à ce Rooting For Love qui reste un incroyable périple où les critiques de notre société actuelle sont passées à travers et incite son auditoire au changement passant par le self-care et le self-love.

Note: 8.5/10