Beth Gibbons – Lives Outgrown

Trente ans. C’est le temps qu’il a fallu pour que Beth Gibbons devienne une des voix les plus remarquables de la scène mondiale, suite à la parution du mythique premier album de Portishead qu’est Dummy que je ne présente plus. Le légendaire trio de Bristol a marqué l’histoire de la musique avec une alchimie absolument propre et indéniable. Bien entendu, on retiendra la voix pleine d’émotions, de fragilité mais aussi de sensualité de Beth Gibbons qui a résisté à l’épreuve du temps. On notera également des collaborations mémorables allant de Rustin Man pour un album collaboratif mémorable paru en 2002 à Kendrick Lamar plus récemment. Tout ceci mène à son véritable premier album solo du nom de Lives Outgrown.

Dix ans. C’est le temps qu’il a fallu pour elle de travailler sur ce premier album en compagnie de James Ford et de Lee Harris assurant la production. Allons savoir ce qu’elle nous réserve pour ce Lives Outgrown tant attendu. S’ouvrant sur un « Tell Me Who You Are Today » aux influences raga-folk baroque avec le bruit de l’horloge en arrière-fond, on se familiarise de nouveau avec la sublime interprétation de la membre de Portishead avant d’enchaîner avec des compositions dépouillées et quelque peu pastorales à l’image de « Floating On A Moment » ou de « Lost Changes » aux envolées lyriques de toute beauté. C’est l’occasion pour elle de se livrer à nous de la manière la plus naturelle qui soit en musique.

Lives Outgrown permettra à Beth Gibbons de pousser une longue réflexion sur sa propre vie avec beaucoup de nostalgie. Elle laisse place à l’inattendu en faisant ses adieux aux anciennes habitudes et aux anciennes connaissances pour accueillir le changement et le nouveau à travers des compositions un brin agitées telles que « Burden Of Life » aux arrangements acoustiques qui résonnent mais également « Reaching Out » relatant les communications difficiles avec son entourage et les ascensions chamaniques et psychédéliques de « Beyond The Sun » frôlant de très près le free-jazz. Mais là où elle brille le plus, c’est à travers des moments mélancoliques et pleins de désespoir à l’image de « Oceans » portant un regard cru sur la ménopause et l’infertilité mais aussi des arrangements de cordes funestes sur « For Sale » réussissant à exprimer la psychologie de Beth Gibbons avec tant de réussite.

Une lueur d’espoir retentit avant tout avec le final apaisé et très 70’s dans l’âme du nom de « Whispering Love » où Beth Gibbons nous rappelle que l’amour triomphe au final. Avec Lives Outgrown, la leader de Portishead affine avec brio son univers indie folk qu’elle avait débuté deux décennies plus tôt en compagnie de Rustin Man tout en se réconciliant avec son passé pour pouvoir mieux apprivoiser le futur qui s’annonce radieux.

Note: 8.5/10