Aqua Tofana – Miroirs

Au XVIIème siècle, une femme vivant à Palerme avait eu une idée révolutionnaire. Il s’agissait de Giulia Tofana qui avait créé un poison qu’elle a baptisé l’acqua tofana qui est un mélange d’arsenic, de plomb et de belladone. Ce poison conçu pour les femmes avait pour but de se débarrasser des époux gênants ou prises au piège de mariages forcés. Cette idée de vouloir tuer ou plutôt de vouloir remettre les hommes à leur place reste toujours aussi présente de nos jours. Et en musique également avec un trio parisien du nom d’Aqua Tofana prêt à vouloir empoisonner le patriarcat avec un premier album du nom de Miroirs.

Aqua Tofana est composé donc d’Anne-Lise Assada (chant, guitare, textes), Marion Talou (basse, chant) et de Charlotte Bienvenu (batterie) et est inscrite dans la mouvance riot grrl actuelle. Et Miroirs est une sorte d’accomplissement artistique pour le trio qui est parti de rien et qui bâtit une solide réputation dans l’underground parisien. Ce qui frappe d’emblée, c’est le manque de retenue dans les textes bien vindicatifs et anti-patriarcat sur les brûlots agressifs de « 30 millions d’amis » qui ouvre le disque avec ces riffs incendiaires et cette section rythmique survoltée (« Il est temps d’aboyer, d’ouvrir nos gueules, allons brûler ensemble les agresseurs ») mais également de « Je joue à toi » et de « Encore demain ».

En réalité, ce qui fera la force de frappe d’Aqua Tofana est tout simplement le storytelling direct et sans filtres qui est derrière. A l’heure où Pythies, par exemple, détonne par leur aspect ésotérique, ou encore MADAM qui sort des sentiers battus pour le côté labyrinthique, notre trio parisien mise plus sur l’impact et la rage incontrôlable mais compréhensible. Miroirs est une expérience musicale intense et fascinante où ce mélange entre riot grrl et noise-punk fait fureur où nos trois protagonistes iront cracher leur haine envers l’homme cishet privilégié et la culture masculiniste comme sur « Chevalier » où elles iront les tacler les faux alliés et pseudo dragueurs ringards qui espèreront obtenir un cookie en échange (« Chevalier chevalier, tu nous dis tous tes exploits, tous tes glorieux combats mais on n’a pas besoin de ça », scandent-elles) mais aussi le trauma intergénérationnel sur « Dégâts ».

On peut facilement penser à Lambrini Girls pour les thématiques si pertinentes mais également à Otoboke Beaver pour ces contre-temps bien surprenants mais également l’âge d’or du riot grrl (L7, Hole…) tout au long de ce premier album. Elles sortent la sulfateuse en tirant sans retenue sur le patriarcat qui entrave leurs vies de tous les jours comme sur « C’est qui le patron ? » et « Regarde-nous » frôlant de très près le désespoir mais c’est la colère noire qui prime abord sur Miroirs bien percutant. J’applaudis encore une fois le storytelling abouti et cohérent qui est l’engagement féministe de nos trois protagonistes où la rage est le fil conducteur de ces dix titres viscéraux. Indirectement, elles nous incitent également à voir notre propre reflet et on pourrait presque voir Aqua Tofana comme étant celles qui pourraient empoisonner la malédiction générationnelle qu’est ce foutu patriarcat. Un excellent premier disque déconseillé à Alex H*tch*ns, P*sc*l Pr**d et H*n**na et aux accros à CN*ws.

Note: 8/10

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