Tame Impala – Deadbeat

Je me souviendrais toujours d’une interview de Kevin Parker pendant la promo de Lonerism que j’ai lu sur un site australien. Il expliquait que Tame Impala avait la grande ambition de devenir de plus en plus pop et de marcher sur les pas de Britney Spears et donc de laisser tomber ses envies de devenir le sauveur du rock psyché des années 2010. Mine de rien, on peut rire jaune (moi y compris) car Lonerism est un sacré mastodonte en terme de rock psychédélique de la décennie précédente mais ce sera surtout la dernière fois qu’il atteindra les sommets avec des tubes à gogo comme « Elephant » ou « Feels Like We’re Going Backwards » en ligne de mire. Mais plus rien ne sera comme avant. Pour moi, ce virage pop s’était officialisé il y a dix ans pile quand je lançais ce site et il commençait à collaborer avec Mark Ronson et reprend le fameux « Stranger In Moscow » de Michael Jackson en se disant: « wow, peut-être que je vais capitaliser sur des morceaux plus groovy. Pourquoi est-ce que je vais me faire chier à faire du rock psychédélique des années 1960-1970 en fait ? ». Il ira enfoncer le clou avec son troisième album Currents quelques mois plus tard avec des nouveaux tubes à la pelle comme « Let It Happen », « The Less I Know The Better » ou bien même « New Person, Same Old Mistakes » repris par Rihanna à l’occasion.

Vous verrez qu’il assume parfaitement cette transition entre le rock psychédélique d’avant et les accents discoïde et synthétiques sur ce troisième album riche en émotions malgré tout. Le succès était mérité et Tame Impala va encore plus loin cinq ans plus tard avec The Slow Rush où il s’éloigne de plus en plus de leurs débuts psychédéliques en assumant à fond les accents groovy qui permettront à notre protagoniste australien de collaborer avec de nombreuses pop stars: Dua Lipa, The Weeknd, et j’en passe. Devenu l’artiste le plus bankable, sa musique s’aseptise de fil en aiguille avec de nouveaux titres dont les qualités s’avèrent définitivement discutables dont le « Wings of Time » pour la BO de Donjons & Dragons que j’ai trouvé affreux. J’ai même oublié le titre qu’il a composé pour la BO de Barbie tellement ça m’ait passé au-dessus de la tête, c’est dire. Donc forcément, quand il a signé son grand retour avec son tout nouvel album nommé Deadbeat, on imagine forcément que ce sera encore plus pop que jamais. Mais pop jusqu’où, me diriez-vous ?

Deadbeat est donc officiellement le premier album en major de Tame Impala car il a quitté Interscope pour Columbia Records. Pour officialiser ce nouveau départ, il dévoile ainsi un premier extrait du nom de « End Of Summer » où il se lance dans des recoins électro-dance en mode chill, idéal pour les algorithmes. Je me souviens m’être dit: « on dirait du Polo & Pan edgy » tellement c’était ranplanplan mais je me disais naïvement que le reste allait relever le niveau. Et v’là le niveau quoi. Ce virage house/techno est définitivement assumé dès le premier morceau nommé « My Old Ways » avec son riff de piano entêtant et ce groove langoureux avec ce mantra chanté ad vitam aeternam: « Back in my old ways again ». Sauf que non, ce n’est plus du tout comme avant et on en veut pour preuve d’autres morceaux de la même trempe comme des morceaux plus répétitifs comme les accents acid-house tombant à plat de « No Reply » ou encore « Oblivion » notables pour sa rythmique latino totalement embarrassante entre autres.

Ce nouvel album de Tame Impala est, selon les dires de son auteur, son désir de rendre hommage à la scène rave australienne tandis qu’il est tiraillé entre son désir de s’ouvrir au monde et son repli sur soi où il s’avèrerait plus confortable. Sauf que le niveau est clairement en deçà du passé tant on retrouve des morceaux pour les moins paresseux et sans relief comme « Dracula » qui se veut halloweenesque mais qui ne fait clairement pas frissonner ou bien même « Piece of Heaven » bien trop sucré pour être accrocheur. Mentionnons également les moments plus deep house tombant totalement à plat comme « Not My World » et du plus hypnotique « Ethereal Connection ». A l’inverse, lorsque Kevin Parker se montre un peu plus créatif notamment sur « Loser » un brin funky et psychédélique où il fait ressortir les guitares ou encore le riff presque oriental et cette ligne de basse obsédante du plutôt sympathique « Obsolete » ainsi que le clin d’œil au fameux « Thriller » de Michael Jackson sur « Afterthought » mais tout ceci n’est pas suffisant pour sauver les meubles malheureusement.

Après en être arrivé au bout de Deadbeat avec « End of Summer » où je ne vais pas m’attarder trop longtemps là-dessus, j’ai eu un écrin de lucidité. Alors oui, ce disque est clairement une douche froide où notre savant fou a malheureusement fait le choix d’opter pour la facilité et de plaire à l’algorithme pour que les influenceurs en tous genres fassent des TikTok ou des stories Instagram à base de « ON VA LA VIVRE CETTE PUTAIN DE VIE ! ». Mais de l’autre côté, cette volonté d’aller vers la pop, c’était écrit dès le début de son histoire et dans cette fameuse interview de 2012. On parviendra à regretter les riffs fuzzy et le rock psychédélique à gogo mais tout ça c’était fini il y a plus d’une décennie maintenant. On parle quand même d’un gars qui a nommé une de ses chansons emblématiques « Yes I’m changing« , à ce que je sache. Libre à lui d’évoluer et de se renouveler, chaque artiste a son cycle de création et il est plus que nécessaire de débuter un nouveau cycle. Tame Impala ne reviendra certainement plus comme avant et ce virage vers la pop qui a donné des titres pour les moins légendaires que j’ai cités plus haut, sauf que c’était plus pointilleux et plus précis, comparé à ce qu’il nous a offert ici. Ce qui fait que Deadbeat ne sera certainement pas un disque à la hauteur de ses précédents, c’est tout simplement parce que c’est un album bien creux et qui manque de profondeur malgré la volonté d’aller lorgner vers le club et en puisant son inspiration vers les ontheflooreries, ce qui est ironique contrairement à ses collaborations avec Justice l’an dernier où il y avait tout de même de l’émotion qui rendait le tout incroyable.

Mais la sauce ne prend pas car l’inventivité de Kevin Parker est presque absente malheureusement. Elle est vide et sans âme. Je fais parti de cette horde de fans qui a énormément apprécié les trois premiers albums mais je me suis rendu compte à l’évidence que ce ne sera probablement plus jamais le bonhomme (ainsi que ses compères qui l’accompagnent de temps à autre sur les routes) qui nous mettait sens dessus dessous avec ce rock néo-psychédélique hors du commun. Pour ça, il reste POND et encore. Mais toujours est-il que le virage techno/house de Deadbeat ne prend clairement pas et a peut-être vu les limites de sa propre créativité.

Note: 4/10