Mandy, Indiana – URGH

Souvenez-vous lorsque Mandy, Indiana avait cassé la baraque avec leur premier album nommé i’ve seen a way il y a deux années et demi de cela maintenant. Le quatuor de noise-rock électronique franco-britannique a soufflé un vent de révolte avec cette musique incendiaire qui leur a permis de s’imposer parmi une des formations les plus en vue de ces derniers temps. En ce début d’année, Valentine Caulfield et ses compères viendront frapper de nouveau fort avec URGH.

Et autant vous dire que Mandy, Indiana ne compte pas s’adoucir. Bah attendez, le monde part en couilles et on s’enfonce dans le fascisme le plus pur et dur, vous croyez quoi ? Quoi qu’il en soit, le quatuor qui a quitté Fire Talk pour le plus approprié Sacred Bones Records et convoque ainsi le toujours aussi plébiscité Daniel Fox de Gilla Band aux commandes vide leurs chargeurs sur les fachos et sur le patriarcat avec des influences beaucoup plus industrielles et beaucoup plus agressives. On en veut pour preuve le morceau d’ouverture nommé « Sevastopol » où ils assument leurs influences techno industrielles où la voix autotunée de Valentine Caulfield nous met sens dessus dessous tout en faisant un pied de nez au courant hyperpop pour mieux la déconstruire.

Et tandis que l’on se laisse terrasser par cette production bien abrasive, elle se clôture sur une sorte de musique de manège hallucinogène avant de laisser place à un « Magazine » bien sanglant avec cette ambiance de club berlinoise (« Tu peux courir cette fois, si tu te caches tu ne m’échapperas pas », scande-t-elle) et le hip-hop mutant et fantomatique de « try saying », Mandy, Indiana ne recule devant rien tout au long de URGH. Qu’ils réinterprètent l’Evangile selon Saint-Jean tout en invoquant explicitement le génocide à Gaza sur le chant de guerre survolté de « Dodecahedron » et de « ist halt so » où qu’ils amènent un peu de douceur et d’optimisme sur »A Brighter Tomorrow » aux doux airs de Portishead, le quatuor ne nous épargne rien. Les influences bruitistes et industrielles montent de plus en plus au créneau sur le bien oppressant « Life Hex » ou sur les sonorités dignes de jeux vidéo de « Sicko! » en compagnie du rappeur billy woods qui, à travers son flow chirurgical et alarmiste, n’a pas peur de dénoncer Big Pharma.

Bien entendu, un peu de fantaisie s’invite notamment sur la techno frénétique de « Cursive » où on se surprend à chanter à tue-tête « Amstramgram, pic et pic et colégram » mais aussi étrangement de l’humanité sur l’alarmiste « I’ll Ask Her » où Valentine Caulfield chante pour la première fois dans la langue de Sheakspeare. Au cas où vous n’aurez pas compris, URGH reste une expérience sensorielle où Mandy, Indiana brouille les pistes entre techno industrielle, noise-rock expérimental et club déconstruit tout en nous entraînant dans une dystopie oppressante mais étrangement ludique pour un résultat absolument hors du commun.

Note: 9/10