Y La Bamba – Lucha

Pour celles et ceux qui s’en souviennent, je me suis pris une sacrée claque en compagnie d’Y La Bamba en 2019. Le projet de l’artiste talentueux.se et pétillant.e d’origine mexicaine Luz Elena-Mendoza avait effectué un incroyable tour de force avec Mujeres et Entre Los Dos (chroniqués ici) qui fut une fusion détonnante de dream-pop, de pop psychédélique et d’influences latines. De l’eau a coulé sous les ponts depuis et il est temps pour iel de faire un grand retour avec son nouvel album intitulé Lucha.

L’heure est venue pour Y La Bamba de raconter son histoire toujours aussi fascinante. Sur Lucha (« combat » en espagnol), il est question de multiplicité où iel explore l’amour, son identité queer et mexicano-américaine et se débarrasse d’un trauma générationnel qui perdure encore aujourd’hui. Dès le départ avec « Eight », Luz Elena-Mendoza nous enivre avec cette prestation presque a capella mettant en avant sa santé mentale qui lui joue des tours avant de récidiver avec des perles dream-pop psychédéliques gentiment colorées que sont « Dibujos De Mi Alma » et « Collapse » étant un hymne de l’empowerment par excellence.

Moins pétillant et moins enlevé que Mujeres, ce Lucha n’en reste pas moins élégant pour autant. Y La Bamba détaille son passage à vide avec une introspection des plus fascinantes, que ce soit sur les envoûtants « Nunca » qui est un sublime poème dédiée à sa génitrice qui était restée face à une société patriarcale et oppressante envers les femmes sans oublier les abus dont elle fut victime ou encore sur « Ceniza » où les arrangements se font un peu plus cuivrés avec ces influences boléros, corridos ou encore huapangos mexicaines qui brouilleront les pistes avec brio. Iel n’hésite pas à convier le toujours aussi remarquable Devandra Banhart sur un « Hues » lancinant évitant les relations toxiques ou à reprendre le fameux « I’m So Lonesome I Could Cry » pour en faire une version absolument bouleversante.

Cette thérapie musicale prendra de nouvelles proportions avec des moments à la fois avant-gardistes (« La Lluvi de Guadalajara ») et novatrices (« Cenza », « Mas Manos »). Il en résulte un Lucha un périple absolument remarquable où Y La Bamba use de son interprétation douce et puissante pour guérir ce trauma intergénérationnel qui a longtemps empoisonné son héritage et le fait avec grâce jusqu’au bout avec les glorieux « Mas Manos » et « Walk Along ».

Note: 8.5/10