DIIV – Frog In Boiling Water

Quoi qu’on en dise, le retour de DIIV ne laissera personne indifférent. Il faut dire que le quatuor new-yorkais en a vécu des péripéties et ce depuis leurs débuts avec l’incroyable premier album nommé Oshin en 2012 devenu un des plus grands disques indie rock des années 2010. Beaucoup d’entre nous le savent, le groupe a failli se déchirer à plusieurs reprises suite aux problèmes de drogue de leur leader Zachary Cole Smith qui enchaînera les cures de désintoxication avant de revenir sur ses déboires avec Is The Is Are en 2016 (chroniqué ici) et d’affronter ses démons avec le plus sombre et oppressant Deceiver en 2019 (chroniqué ici). Après avoir combattu ses démons, allons savoir ce que lui ainsi que ses compères nous réservent avec leur quatrième album tant attendu du nom de Frog In Boiling Water quatre années et demi plus tard.

Selon les dires du groupe de Brooklyn, la conception de ce quatrième disque fut presque éprouvante. DIIV a privilégié la collaboration et le processus aurait failli briser le groupe mais il en ressort un périple musical doux-amer, un brin moins grungy et moins bruitiste que Deceiver. On en veut pour preuve le morceau d’ouverture nommé « In Amber » affichant une nouvelle facette plus nostalgique en empruntant des chemins shoegaze et slowcore où la voix un brin plus claire de Zachary Cole Smith fait écho aux distorsions de guitare bien audibles avant de récidiver avec « Brown Paper Bag » et « Everyone Out » où les accords de guitare s’entremêlent de façon limpide.

Là encore, l’apport de Chris Coady à la production brille une fois de plus sans oublier de mettre en avant l’interprétation et l’atmosphère ouatée qui fait des merveilles sur le mur du son mélodique de « Raining On Your Pillow » et du quasi-méditatif « Reflected » montrant un DIIV plus soudé. Tandis que Zachary Cole Smith avait longtemps parlé de ses addictions du passé qu’il a réussi à vaincre, il jette un regard désabusé sur une société capitaliste qui s’effondre. On se souvient lorsque le groupe de Brooklyn a monté un faux site satirique afin de bien appuyer ses propos doux-amers sur le capitalisme à coup de théories du complot faisant des ravages sur notre quotidien éprouvant comme sur le morceau-titre détaillant les conséquences désastreuses de la Silicon Valley et des nouvelles technologies (“The future came and everything’s known/ There’s nothing left to say, show’s over, take me home”, chante-t-il) ainsi que le marquant et un brin noisy « Soul-Net » (qui est le nom de leur faux site) étant un parfait hymne à la désinformation (« I’m not afraid, I love my pain », chante-t-il) et le final glorieux du nom de « Fender On The Freeway » où le chanteur et guitariste clame avec beaucoup de détachement: « Systems fail and empires fall ».

Frog In Boiling Water ne sera clairement pas à la hauteur d’Oshin tout simplement parce que DIIV a longtemps perdu cette innocence suite à ces péripéties que le groupe de Brooklyn a traversé durant cette décennie. Mais il n’empêche qu’à travers ces influences shoegaze et slowcore digne des années 1990, ce nouveau disque s’avère mur et réfléchi tout en jetant un regard désabusé sur l’effondrement des civilisations post-Internet avec ces guitares aussi bien mélodiques que bruitistes et cette production claire comme l’eau de roche. Une production qui brillera de plus en plus à cours d’écoutes répétées où toute la beauté reluit comme jamais.

Note: 8.5/10