Black Country, New Road – Forever Howlong

Souvenez-vous lorsqu’en 2022, un des plus grands groupes britanniques de cette décennie a connu une sorte de séisme dans leur lancée. Il s’agit de Black Country, New Road qui est sur leur pente ascendante et qui a du se séparer de leur charismatique chanteur Isaac Wood quelques jours avant la sortie de leur second album nommé Ants From Up There (chroniqué ici). Allons savoir comment la formation a réussi à braver cette tempête durant ce laps de temps. Et bien notre réponse se trouve lors de l’écoute de ce troisième opus qui s’intitule Forever Howlong.

Et c’est avec beaucoup de surprises que l’on apprend que Black Country, New Road reste égal à eux-mêmes tout en se réinventant soigneusement et en ne plongeant jamais dans l’autocaricature. Et c’est sans compter sur James Ford à la production que je ne présente et qui y est pour quelque chose. Mais cette fois-ci, c’est Georgia Ellery (que l’on a aperçu chez Jockstrap), May Kershaw et Tyler Hyde qui prendront le relai et autant vous dire qu’elles sont les reines de ce Forever Howlong qui prendra une tournure plus folk et plus baroque. La densité des arrangements (accordéon, violon, basse, claviers…) et la spontanéité au niveau des sonorités restent toujours du haut niveau, comme l’atteste le morceau d’ouverture nommé « Besties » convoquant clavecins et autres arrangements à la fois flamboyants et épiques avant d’enfoncer le clou avec le beaucoup plus théâtral « The Big Spin » et « Socks » baroque à souhait. Une autre preuve que Black Country, New Road sait se réinventer et de la plus belle des manières.

Si l’ère Isaac Wood étaité dédié à la montée en puissance et les effets, l’ère du trio féminin Ellery-Kershaw-Hyde est plus dans la retenue et la clairvoyance au niveau des compositions. On en veut pour preuve la ballade faussement naïve qu’est « Salem Sisters » rappelant l’âge d’or de The Divine Comedy ou bien encore les arrangements subtiles qui côtoient les harmonies vocales de toute beauté sur « Mary » et sur « Happy Birthday » à mi-chemin entre The Beatles et Randy Newman. A l’inverse, on retrouve malgré tout l’ascenseur émotionnel à travers des monuments auditifs que sont « Two Horses » nous mettant en apesanteur et qui aura de quoi rappeler aussi bien Talk Talk que Beach Boys sans oublier « For The Cold Country » et « Nancy Tries To Take The Night » réussissant à contenir son packaging émotionnel avec beaucoup d’intelligence.

Après un « Goodbye (Don’t Tell Me) » en guise de conclusion solennelle, Black Country, New Road prouve qu’il réussit à se renouveler sans jamais perdre l’aspect aventureux qui aura fait leur renommée jusqu’ici. Avec Forever Howlong, ils abandonneront définitivement le côté électrique et sauvage des débuts pour une œuvre apaisée aux arrangements luxuriantes mais truffée d’une profonde sincérité que l’on n’avait jamais connu jusqu’à présent. Une preuve que l’une des formations les plus marquantes de cette décennie n’aura pas fini de surprendre plus d’un.

Note: 9/10