Yuno – Blest

Je me souviendrai toujours de la première fois que j’ai entendu Yuno. C’était au printemps 2018 où je venais à peine de me remettre d’un burn-out suite à cette recrudescence de mails et de demandes incessantes. Et j’avais décidé de faire le tri même si c’est toujours pas facile. Bref, j’avais entendu son morceau « No Going Back » par pur hasard et j’étais tombé sur le charme instantanément. Suite à cela, l’artiste venu de Jacksonville avait publié un excellent premier EP du nom de Moodie (chroniqué ici) qui lui a permis de connaître un succès d’estime, à un tel point qu’il a pu se produire à l’Avant Garde du Pitchfork Music Festival de Paris dans la même année. Et suite à cela, pouf ! Disparu, volatilisé. Il aura fallu sept longues années pour qu’il fasse son retour avec l’arrivée d’un premier long-format du nom de Blest.

Ce n’est pas un secret si je vous apprends que de l’eau a coulé sous les ponts durant ce laps de temps. Mais ceci dit, un parfum de nostalgie règne lorsque j’écoute ce Blest qui brouille les pistes entre dream-pop, indie rock, hip-hop et trap dès le morceau-titre introductif immédiat presque neptunienne dans l’âme. Yuno continue de jongler les mélodies lumineuses et l’introspection viscérale avec le flottant « We Belong » qui suit avant de prendre son élan avec les entraînants « Massive » et « Unfair » qui, elle, a de quoi rappeler le fabuleux « Strawberry Letter 23 » de Shuggie Otis dans sa construction musicale légèrement groovy et onctueux. Et quelle fraîcheur, ma foi !

On poursuit cette introspection si attachante avec des morceaux langoureux tels que « Perfect Pear » faisant penser à du PM Dawn au milieu des années 1990 contrastant avec les plus dramatiques « Fall Apart » et « Worst of Times » aux arrangements riches et bien pensés. Yuno pourra également compter sur la participation de Nick Sanborn et de Patrick Wimberly pour pouvoir distiller des émotions brutes aux compositions soignées notamment sur les rythmiques trap de « True » pour se mettre à la page où ce contraste entre breakbeats et dream-pop sur « Gimme Ocean » presque emo dans l’âme avec ces riffs quasi-surf. Ajoutez cela à un « Blitz! » en guise de conclusion plus doucereuse et vous obtiendrez un Blest immersif permettant de capturer les qualités de songwriter de Yuno. Comme quoi, la patience a ses vertus, j’ai envie de dire.

Note: 8/10