Blood Orange – Essex Honey

En cette fin d’été, quoi de mieux que de fêter le grand retour de Dev Hynes ? Il faut dire que l’artiste britannique n’avait plus donné signe de vie depuis son Negro Swan emblématique paru il y a sept années de cela maintenant (chroniqué ici). Entre temps, il a pu publier des EPs et signer des bandes-originales pour des films comme Mainstream ou encore Master Gardener. À l’approche de la rentrée, il fait enfin son grand retour avec son cinquième album sous le fameux pseudonyme de Blood Orange qui se nomme Essex Honey.

Et autant vous dire qu’il vous faudra sortir votre paquet de Kleenex car Blood Orange a décidé de nous émouvoir pour son grand retour. Essex Honey est un journal de deuil, où il rend hommage à sa mère décédée en convoquant des souvenirs familiaux et sa jeunesse dans les faubourgs londoniens. Le premier titre se nomme « Look At You » nous entraînant dans une pénombre tandis que Dev Hynes peine à trouver sa voix avant de prendre de la hauteur avec des arrangements riches et cinématographiques qui brillent de mille feux sur des morceaux doux-amers à l’image de « Thinking Clean » et de « Somewhere In Between » où la vulnérabilité fait corps avec la résilience de la manière la plus vibrante qui soit.

Tout au long de ce Essex Honey, on retrouve le désir de Blood Orange de retrouver cette innocence de l’enfance face à un monde qu’il n’arrive pas à comprendre et face au temps qui défile sous ses yeux trop rapidement. C’est en convoquant des influences tantôt jazz ouaté et R&B aérien sur « Vivid Light » tantôt pastorales sur le faussement jovial « Countryside » qu’il ira pleurer une époque révolue où il baignait dans les disques de feu Elliott Smith, The Replacements, The Field Mice ou bien encore Felt. À travers cette épopée douce-amère, il n’est pas tout seul car il pourra compter sur une ribambelle d’invités comme The Durutti Column, Daniel Caesar et Caroline Polachek intervenant sur des influences jungle/sambass de « The Field » ou bien encore Lorde et Mustafa le temps d’un « Mind Loaded » pour le moins funeste sans oublier Tirzah et Charlotte Dos Santos pour un « Life » flottant tandis que Brendan Yates de Turnstile s’invite avec Ben Watt d’Everything But The Girl sur « Scared Of It » des plus troublants.

Après un « I Can Go » sublime et cathartique en compagnie de Mabe Fratti et de Mustafa, Blood Orange livre un des disques de deuil les plus poignants de ces dernières années. Car notre protagoniste ne fait pas que le deuil de sa mère mais de sa jeunesse où tout semblait idyllique et safe sans oublier cette production riche et cristalline dont seule lui a le secret a le don de convoquer les fantômes du passé et de brouiller les pistes entre le dépouillé et le profond.

Note: 8.5/10