
Pour moi, il y a eu un avant et un après 2020. Lorsque Waxahatchee avait fait son retour avec son album Saint Cloud (chroniqué ici), elle avait effectué un retour en empruntant un virage alt-country/Americana, ça a créé une mini-révolution. Suite à cela, on a vu de nombreux actes indie rock ajouter ou prendre un virage country. Et le dernier exemple en date est le superduo Julien Baker et Torres qui a décidé de se lancer dans l’aventure avec un premier album collaboratif du nom de Send A Prayer My Way.
Nos deux protagonistes ont marqué la décennie précédente avec des disques fédérateurs, c’est un fait. Julien Baker qui a marqué les esprits auprès de boygenius (chroniqué ici) et en produisant le dernier album de The Ophelias (chroniqué ici) tandis que Mackenzie Scott alias Torres qui nous a quitté avec un excellent What An Enormous Room l’an dernier (chroniqué ici) se retrouvent et nous embarquent dans une épopée Americana et définitivement queer. On est en plein dedans dès le départ avec « Dirt » où le jeu du fingerpicking ainsi que le violon et la pedal steel s’accordent parfaitement à la voix harmonieuse de Julien Baker (“Spend your whole life getting clean/Just to wind up in the dirt”, chante-t-elle) tandis que « The Only Marble I’ve Got Left » très honky-tonk dans l’âme où la voix plus rocailleuse de Torres retentit et « Sugar In The Tank » continueront de nous enivrer comme jamais.
Send A Prayer My Way viendra mettre l’accent sur la difficulté entre les personnalités queer et les restrictions de l’Eglise catholique notamment sur « Tuesday » où elles iront régler leurs comptes suite à l’hypocrisie et l’homophobie bien trop présente dans ces institutions (« Tell your mama she can go suck an egg », chante Torres avec beaucoup de défiance). La madame de Lucy Dacus et Mackenzie Scott viendront nous toucher avec des histoires pleines de tendresse et d’émotion comme sur « Bottom Of A Bottle », « No Desert Flower » ou bien également « Off The Wagon » aux mélodies voyageuses et ces arrangements rustiques qui suffiront pour que nos deux protagonistes puissent briller et faire parler leur alchimie. Bien entendu, il est question d’amour avec d’autres compositions romantiques et douces-amères que sont « Sylvia » ou encore « Goodbye Baby » en guise de conclusion doucereuse.
Bien entendu, cet album collaboratif fera sûrement office de curiosité dans leurs discographies communes mais prouve qu’elles réussissent à s’adapter au registre country sans aliéner leurs fanbases respectives. Un exercice de style plutôt sympathique, en somme.
Note: 8/10
