
Personne n’a su résister au choc de Sudan Archives trois années de cela. La musicienne, productrice et violoniste virtuose originaire de Cincinnati et basée à Los Angeles a eu le monde à ses pieds avec son incroyable second album nommé Natural Brown Prom Queen trois années plus tôt et c’est tant mérité pour elle. Il lui a fallu trois longues années de silence radio pour qu’elle puisse effectuer un retour digne de ce nom avec son successeur tant attendu du nom de The BPM.
Ce qui a fait la renommée de Sudan Archives est cette capacité impressionnante de mêler R&B alternatif, jazz, sonorités ouest-africaines, neo soul, trip-hop et electronica expérimentale. Sauf que pour The BPM, elle ira pousser le bouchon encore plus loin et on en veut pour preuve ces quinze nouveaux titres pour les moins audacieux et irrévérencieux. Sans faire de mauvais jeux de mots, elle ira élever les BPM tout en explorant tous les recoins de la musique dance sans exception dès le départ avec un « DEAD » triomphal où les arrangements orchestraux flirtent avec les allures dancefloor futuristes.
La suite est également de haute volée avec « YEA YEA YEA » à mi-chemin entre house et trap où Sudan Archives se montre plus femme fatale que jamais (“I hit the floor he got his eyes watching me/I licked my lips, flipped my hair and rolled up some weed”, chante-t-elle) mais également avec la triptyque plus maximaliste qu’est « A BUG’S LIFE », « MY TYPE » et « SHE’S GOT TYPE » idéaux pour le dancefloor. La musicienne viendra non seulement raconter son goumin mais saura transformer tout ceci en un véritable manifesto. Il est question de réinvention mais aussi de prendre tout en contrepied en explorant la mécanique robotique de la dance music. Plus expérimental que Natural Brown Prom Queen, la violoniste n’hésite pas à incorporer des accents plus avant-gardistes comme sur « SHE’S GOT PAIN » où son instrument de prédilection brille de mille feux derrière cet arrière-plan sonore glitchée ou encore sur les plus claustrophobes « MS. PAC MAN » et « NOIRE » en ligne de mire.
A contrario, elle surfe sur la vague actuelle de l’hyperpop notamment sur « DAVID & GOLIATH » flirtant avec la jungle de temps à autre mais également sur « A COMPUTER LOVE » qui auraient de quoi donner du fil à retordre à Caroline Polachek ou à la clique de PC Music. Mais cette tendance n’est pas innocente pour Sudan Archives car elle met en avant notre utilisation (parfois abusive) de la technologie dans notre quotidien et comment cela affecte nos relations de tous les jours, comme si derrière ces micmacs, le besoin de se rapprocher d’autrui est plus que nécessaire, comme l’atteste cette conclusion plus douloureuse et touchante qu’est « HEAVEN KNOWS ». En effet, il faut voir The BPM comme un véritable catharsis pour la musicienne qui cherche à se réinventer aussi bien musicalement qu’humainement afin de briller de nouveau afin de faire revenir et de faire briller le naturel.
Note: 9/10
