
Il y a une décennie pile paraissait un OMNI absolument hors du commun sur nos ondes. Il s’agissait de Standing On The Corner qui est un collectif venu tout droit de Brooklyn brouillant les pistes entre soul psychédélique, trip-hop, musique expérimentale, free-jazz, hip-hop et avant-garde et qui s’est concrétisé avec un premier disque bien inouï. Après un second disque du nom de Red Burns l’année suivante, ils disparaitront gentiment de la circulation pendant de nombreuses années… afin de frapper plus fort avec son sequel du nom de II.
Et autant vous dire que Standing On The Corner n’a pas fini de nous en faire voir de toutes les couleurs dans ce périple musical absolument ensorcelant. La fusion musicale du collectif de Brooklyn continue de prendre de l’ampleur dès le départ avec le gentiment funeste « Will it ever be the same? » en compagnie de The Warlockettes où on est pris de part par ses riffs presque larmoyants, ses coups de feu ainsi ses sirènes qui retentissent au milieu de cette voix distordue qui nous procurera d’innombrables frissons avant de laisser place au mystique « The word » notable par son break groovy aux frontières du garage ainsi que la berceuse psychédélique de « Evil man 9 ». Vous l’avez compris, on en ressort clairement pas indemne dans cette mosaïque musicale aventureuse et opaque.
Gio Escobar et ses comparses apportent une réflexion mûre sur le rapport qu’ils entretiennent avec l’industrie musicale mais également ce contexte sociopolitique bien anxiogène. Foisonnant et fragmenté, Standing On The Corner enfonce un peu plus le clou avec le vrombissant « Man may not last » en compagnie de Ladybug Mecca et de Styles P nous emmenant dans les ghettos les plus insalubres où règne chaos et insalubre mais également avec les influences gospel et rock’n’roll rétro de « Gimme my gun » ou de « Mr Postman, wait! » aux harmonies doo-wop. Ce large spectre musical suffit à mettre en avant les propos alarmistes de notre époque avec « Roll over beethoven » étrangement surf dans l’esprit ainsi qu’avec « Doesn’t mean a thing » avec un orgue Farfisa menant la danse. Claudette Ortiz ajoutera un peu de douceur dans ce monde brut sur « Secret » tout comme le grand retour de Solange (soeur de) ainsi que de la poétesse Sonia Sanchez sur le voluptueux « Sonia » avant qu’un brin de folie ne surgisse avec l’intervention de Danny Brown sur l’ensorcelant « How deep is the sea ? ».
Mais la fin de ce périple musical si complexe et étrange se clôture avec une touche de douceur avec « Go 2 sleep pu$$y » où les cordes retentissent de plus belle. Il est dur de savoir si l’on est sauvé ou condamné à l’échec au final mais toujours est-il que Standing On The Corner continue de nous mettre sens dessus dessous avec cette fusion entre bedroom-pop lo-fi, soul psychédélique ouatée et pop avant-gardiste afin de bien appuyer leur propos provocateur sans jamais tomber dans le nihilisme le plus pur.
Note: 8/10
